le langage tantrique

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dans la droite ligne de l’article précédent, nous abordons la question du langage tantrique avec ce reproche qu’on m’a fait très très très souvent (oh si souvent! si vous saviez!!!):
« baiser en club? il est où le langage tantrique? »

je le répète encore une fois (si on m’avait donné 10€ à chaque fois) :
baiser est le seul verbe de la langue française qui exprime l’idée du coït. l’autre expression (faire l’amour) est une métaphore. ce n’est pas un verbe. c’est une idée qui ne décrit même pas l’action dont on veut parler. car – pour moi en tout cas – même dans le tantra quand on baise on ne fait pas l’amour. on baise. baiser c’est baiser. ce n’est ni vulgaire, ni grossier, ni quoi que ce soit… à l’oreille d’un tantrika. car… tadaaam! le tantra n’est pas dual! il ne juge pas.

mais puisqu’on en parle, allons au fond du problème. car ce reproche cache un problème bien plus gros qu’un abus de langage:
émettre l’idée qu’il existe un langage tantrique c’est émettre l’idée qu’il existe fatalement un langage non tantrique. qu’il y a tout un monde dans lequel le tantra n’a pas sa place. d’ailleurs c’est la même idée qui veut qu’on ne peut pas initier ou développer une relation tantrique dans un club libertin car le tantra n’y aurait pas sa place.

quand on vous dit que le tantra n’est pas dual est-ce que vous comprenez ce que ça veut dire? même juste intellectuellement? théoriquement? parce que cette phrase est la preuve que non. le principe de non-dualité signifie que le tantra est le tout. il est la mouche, il est la merde, il est la rivière, il est le désert, il est la lune, il est le soleil, il est la femme, il est l’homme, il est la pute, il est le violeur, il est l’assassin, il baise avec sa mère sur les cendres du bûcher où il a immolé son père. et vous croyez que ça lui fait peur de dire « baiser » et d’entrer dans un club libertin…?

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la plupart du temps on vous parlera du tantra blanc et du tantra rouge, du tantra de la main droite et du tantra de la main gauche, on vous expliquera (parce que c’est tout ce qui vous intéressera si vous êtes un gugusse lambda) que l’un inclue des exercices sexuels – avec attouchements et pénétration s’entend -, et l’autre pas. et puis c’est tout…
mais la vérité cher/chère ami(e) va bien au-delà de cette triviale considération sexuelle!

le tantra blanc/de la main droite privilégie un travail sur la spiritualité; respiration, méditation, massage, sans trop approcher ni le côté animal, ni le côté primitif de notre personne.
le tantra rouge/de la main gauche (main taboue en inde car c’est la main avec laquelle on se lave l’anus après avoir déféqué) privilégie un travail pratique, basé sur notre part animale, primitive, l’expérience la plus terre-à-terre qui soit.

alors bien sûr, concernant la sexualité, l’un fait l’impasse sur les exercices pratiques sexuels, pour l’autre, s’il faut baiser, on baise. mais on le répète bien assez, le tantra ce n’est pas que le sexe, il englobe toute la vie, donc ces exercices pratiques sont susceptibles d’englober d’autres aspects de la vie. comprenez que ceux qui, en inde, pratiquent le tantra rouge sont terrifiants. ils vivent sur les lieux de crémation (autre tabou en inde, car même si je vous disais que c’est comme vivre dans un cimetière on ne serait pas au 1/10ème de ce que ça signifie pour un indien. car l’idée de diviser le monde entre des choses pures et impures est bien plus ancrée en inde qu’en france. la viande est impure, un cadavre l’est 1000 fois plus, et on ne se rend dans l’endroit où ils sont brûlés que contraints et forcés). ils ne se lavent pas et se couvrent de la cendre des crémations. ils boivent le sang menstruel, se peignent le corps et le visage avec. ils mangent de la chair humaine. ils baisent des femmes pendant leurs menstruations entourés de cadavres en feu et de leurs familles en pleurs…

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A man dressed as a demon performs with a bone during a religious procession at the Mahashivratri festival in the northern Indian city of Allahabad February 27, 2014. Hindus across the country celebrate Mahashivratri, better known as Lord Shiva's wedding anniversary. REUTERS/Jitendra Prakash (INDIA - Tags: RELIGION SOCIETY ANNIVERSARY TPX IMAGES OF THE DAY)

et vous croyez vraiment qu’ils auraient peur de dire « baiser » et d’entrer dans un club libertin…?

vous croyez vraiment que dire « baiser » ou entrer dans un club libertin serait contraire à l’ensemble des exercices auxquels ils se soumettent au nom du tantra?

d’ailleurs pourquoi font-ils tout cela? c’est pas le tout de décrire des us et coutumes étranges. allons au fond du problème. pourquoi diantre ces fous font-ils cela?!!! vous allez rire… pour faire court on peut résumer la réponse en: c’est pour exercer leur sens de la non-dualité. quand on est un tantrika, on est un tantrika partout. dans toutes les situations. y compris les pires situations. comme je vous l’ai dit, en inde, la dualité est partout. il y a même des castes (des groupes gens) considérées comme impures. la non-dualité est une réalité beaucoup plus compliquée pour un indien que pour un français, raison pour laquelle selon moi ils en font 1000 fois plus. donc ils s’exercent à la non-dualité dans ce qu’ils peuvent imaginer de pire. ils partent du principe que s’ils peuvent rester eux-même, rester centrés, dans le pire du pire, alors ils peuvent rester centrés quoi qu’il arrive. ils seront des tantrikas quoi qu’il arrive.
et vous, vous tiquez sur le mot « baiser »…? un seul mot et vous tombez du haut de vos croyances?

avant de finir j’ai envie de vous partager un souvenir:
il y a des années lorsque je découvrais encore le bouddhisme, puis le tantra, je suis tombée sur un texte qui racontait la vie d’un maître bouddhiste respecté. ce maître avait une particularité très originale: il était d’une vulgarité sans nom. il ne s’exprimait qu’à coup d’injures et d’expressions plus ou moins choquantes. nombre d’élèves s’étaient présentés devant lui avant de le fuir à toutes jambes, convaincus qu’un tel rustre ne pouvait pas être l’immense maître bouddhiste dont on leur avait parlé. et pourtant parmi les bouddhistes éveillés et déjà sages il jouissait de la meilleure réputation et on lui vouait une profonde affection. le texte était écrit par l’un d’eux, il expliquait à l’un de ces élèves qui s’étaient enfuis que la valeur d’un esprit ne se mesure ni à la vulgarité de son langage, ni – encore moins – à la douceur de son langage.
je n’ai jamais oublié ce texte et je regrette de ne pas en avoir gardé la trace. il m’avait touchée parce que je me retrouve dans cette description. si je deviens un maître bouddhiste un jour je serai certainement connue pour mes mots crus. que les petits esprits en tirent des conclusions hâtives sera toujours le moindre de mes soucis.

***

légende de la seconde photo: A man dressed as a demon performs with a bone during a religious procession at the Mahashivratri festival in the northern Indian city of Allahabad February 27, 2014. Hindus across the country celebrate Mahashivratri, better known as Lord Shiva’s wedding anniversary. REUTERS/Jitendra Prakash (INDIA – Tags: RELIGION SOCIETY ANNIVERSARY TPX IMAGES OF THE DAY)

les deux articles précédents: les émotions négatives et l’attachement dans le tantra.

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4 réflexions sur “le langage tantrique

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