tantra et libertinage: opposés ou complémentaires?

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tout commence – mais à ce moment là je ne le sais pas encore – le jour où une tantrika vient m’agresser en message personnel sur facebook, m’accusant de « mécomprendre » (comprendre de travers) le tantra sous prétexte que je suis à la fois tantrika et libertine. comme s’il était établi dans l’ordre d’existence des tantrikas que ces deux statuts sont incompatibles. le but de la manœuvre était de me convaincre que je suis mal placée pour créer et gérer un groupe sur le tantra, du simple fait que je suis libertine.

j’ai réagi comme elle (bien obligée de l’admettre aujourd’hui) et je l’ai traitée comme une folle et une cause perdue, lui claquant ma porte virtuelle au nez. comme s’il était établi dans l’ordre d’existence des tantrikas que l’ intolérance est inadmissible. ça me paraissait simplement invraisemblable qu’une personne qui se dit tantrika puisse avoir de telles réactions envers qui que ce soit (libertin ou pas), tout aussi invraisemblable qu’un(e) tantrika exige d’une autre personne de montrer pattes blanches avant de lui permettre de partager ses idées sur le tantra avec elle, et tout autant invraisemblable qu’un(e) tantrika accuse-juge-condamne une autre personne sur la simple évocation d’un mot: libertin(e).

quelques mois plus tard va éclater une dispute foudroyante sur ce même groupe que je gère et que j’ai créé. après avoir échoué à me séduire, un homme va essayer de me discréditer en tant que gestionnaire de mon propre groupe. il me dira clairement que je suis une personne dangereuse, qu’il s’est inscrit sur mon groupe pour me modérer et me censurer si besoin: sur cette base, il va poster des choses épouvantables pendant plusieurs jours avant que je ne me décide à le blacklister. je veux bien tolérer les opinions dissidentes mais pas au détriment de la paix de mon groupe. à peine parti, un de ses amis va prendre la relève. ami qui se montrera au final bien plus raisonnable que mon premier détracteur, il finira quelques jours plus tard par quitter le groupe de son propre chef. j’ai mis très longtemps à percuter qu’en fait le problème vient du fait que je joue sur les deux tableaux: le libertinage et le tantra.

il n’en reste pas moins que mon groupe sur facebook (tantra chemin de vie) est un des plus sérieux sur ce sujet que vous trouverez. pas de racolage, pas de fausses informations tendant à confondre tantra et baise à tous les étages, rien qui pourrait laisser penser que l’aspect sexuel du tantra est le seul qui importe.

quelques temps plus tard un ami libertin qui encadre des ateliers de tantra me demandera de ne jamais l’évoquer sur une page en lien avec le tantra, son libertinage doit rester secret. bon, je n’en ai pas été surprise puisque près de 90% des libertins que je connais fonctionnent ainsi.

croyez-le ou non, mais je n’ai pas percuté à ce moment là. pas encore.
ni la fois suivante qui s’est présentée lors de mon premier stage de tantra au mois de mars dernier.

l’encadrant s’inquiétait que ce soit mon premier stage et m’avertissait qu’il se pourrait que certains exercices me mettent mal à l’aise car ils ont trait à la sexualité. ce à quoi j’ai répondu que j’étais plutôt à l’aise avec la sexualité vu que je suis libertine depuis longtemps. il y a eu comme un flottement dans la salle. mon guru s’est empressée de me préciser que ce n’était pas pareil, et j’ai confirmé. non ce n’est pas la même chose, mais question sexualité, sérieusement, je ne crois pas qu’un stage de tantra puisse dépasser ce qu’on vit dans le libertinage. pas sur la sexualité. désolée. vraiment, navrée, mais le libertinage tient le haut du pavé. ce n’est pas un concours, bien sûr, mais si c’en était un, le tantra l’aurait perdu.

bon, à ce moment là j’ai quand même compris que certains tantrikas sont vraiment mal à l’aise face au libertinage. et je peux imaginer pourquoi: le tantra souffre d’une réputation identique à celle du libertinage. sous prétexte qu’on y touche à la sexualité, tous les coquins (les malades du sexe) des alentours vont vouloir y aller sans se poser la moindre question sur les règles du jeux auquel ils veulent jouer. de fait ils s’en foutent. sur un malentendu ils espèrent bien baiser, le reste ne les intéresse pas. et peut-être que cette réalité vous a échappé, mais cette attitude (baiser à tout prix) est choquante pour les deux groupes, oui, y compris pour les libertins.

le libertin exprime sa singularité aussi librement que possible, donc aussi dans sa sexualité. sa pensée politique, sa famille, ses relations amicales et professionnelles ne ressemblent à aucune autre. bien entendu sa sexualité également. ça ne signifie pas du tout que son libertinage se résume à des séances d’orgies qui n’en finissent pas.
le tantrika utilise le levier de la sexualité pour déclencher des prises conscience qui vont stimuler son évolution spirituelle. il utilise l’autre comme un miroir pour toucher ses propres points de personnalité qui lui font mal. il s’aide de techniques de respiration, de méditation, de massages pour stimuler son corps de façon à influencer son mental, un peu comme dans le yoga. ça ne signifie pas du tout que son chemin spirituel se résume à des séances d’orgies qui n’en finissent pas.
et pourtant l’un et l’autre s’accuseront certainement d’être ce que l’homme de la rue dira de lui: un baiseur sans cervelle. un coquin, quoi! un chaud lapin qui brode des étoiles sur le glauque de sa sexualité.

inversement, si une personne vous dit qu’elle est libertine ou tantrika, demandez-lui ce que ça veut dire exactement pour elle (soyez bien entendu sûr(e) de savoir ce que ça veut dire vous-même). neuf fois sur dix elle n’en saura rien. car il est plus chic de se dire libertin ou tantrika, que de se présenter en baiseur invétéré et infidèle-trompeur de première catégorie. ce que moi j’appelle un coquin, dans le sens moyenâgeux du mot (= escroc).
bien sûr, aux yeux d’un tantrika, même un VRAI libertin ne pourra être qu’un escroc branché « eyes wide shut », et aux yeux d’un libertin même un VRAI un tantrika ne pourra être qu’un escroc branché New-age. parce que les deux groupes sont influencés et caricaturés de la même manière par « la presse people »! seule l’excuse diffère; l’un est accusé d’utiliser le « glamour » du bal masqué, l’autre l’exotisme indien, mais les deux sont condamnés d’office pour leur obsession sexuelle sans aucun respect pour leurs victimes. leur but est décrit de façon identique: manipuler l’autre pour l’amener jusqu’au lit, ce qui en réalité est contraire aux philosophies ET des libertins ET des tantrikas.

on en était donc à mon expérience en stage de tantra quand j’ai compris que les tantrikas sont décidément très mal à l’aise avec le libertinage, et maintenant vous savez pourquoi. mais j’étais encore très loin de généraliser ce comportement, quand ce jour d’hui je lis le commentaire d’un masseur tantrique qui a refusé de masser une échangiste à la demande de son mari, qui souhaitait également être présent lors de ce massage.

bon, soyons clairs, je comprends. je comprends les deux points de vue:

le tantrika a peur que le libertin ne comprenne pas du tout la dimension spirituelle d’un massage tantrique. et d’ailleurs probablement que cette dimension aura été sous-estimée par le mari qui souhaitait faire la surprise de ce massage à sa compagne. le tantrika peut aussi avoir peur d’être envisagé comme un objet sexuel qu’on peut engager contre paiement (vous n’avez pas idée du nombre de fois où un(e) masseu(se)r est pris pour un(e) prostitué(e). beaucoup demandent à être masturbés sans montrer la moindre gêne, comme si masturber une personne pouvait être confondu avec un massage!!!).

mais, croyez-le ou non, il est fort possible que le mari échangiste ait souhaité rester présent car il n’a aucune confiance dans le tantrika… il veut bien offrir à sa femme un voyage des sens, mais il ne la laissera pas seule en compagnie d’un inconnu, possiblement un escroc branché New-age. et ceci est une pratique extrêmement courante dans le libertinage, à tel point que certains couples ne se quittent jamais, n’acceptent jamais aucun contact avec une autre personne si leur partenaire n’est pas au moins dans la même pièce, sinon en contact physique permanent. cette pratique sert à la fois de ciment pour le couple – je ne te cache rien – et de sécurité – si je suis là, je peux te protéger.

finalement cette rencontre avortée n’aurait pu être que celle de deux paranoïas. elle m’aura au moins poussée à me poser ces questions: le tantra et le libertinage sont-ils vraiment opposés? en quoi pourraient-ils l’être?

de mon point de vue ces deux philosophies de vie sont très proches, presque soeurs. la raison qui me pousse à penser cela est très simple:

le but poursuivi par un trantrika est l’éveil spirituel, de la même façon qu’un bouddhiste qui suivrait une méthode de méditation classique. sauf que le tantrika ne médite pas (tellement) assis, il médite surtout en copulation (et c’est pas simple, vous pouvez me croire). l’évolution spirituelle est complexe car elle tient en un équilibre subtil entre discipline et relaxation. un peu comme un orgasme, en fait. si vous ne bougez pas, que vous faites la planche ou le mort, vous aurez du mal à atteindre l’orgasme. mais inversement, si vous êtes crispé, nerveux, tendu, vous ferez un blocage et l’orgasme ne viendra pas non plus. la solution se trouve quelque part entre ces deux eaux; être à la fois actif et relaxé. pour l’éveil spirituel aussi. il faut une hygiène de vie saine, un corps en grande forme, ce qui demande beaucoup de discipline. mais inversement, il faut rester ‘aimable avec soi-même’, se faire plaisir, s’aimer, respecter ses besoins, ses envies, sa singularité. bref, équilibrer sa vie entre discipline et plaisir sachant que l’excès de l’un éliminera l’autre.

ce fait est illustré par une parabole de la vie de bouddha: après de nombreuses années à méditer assis, (presque) sans manger, (presque) sans boire, sans se laver, (presque) sans bouger, bouddha qui méditait au bord du gange vit passer une barque dans laquelle se trouvaient un jeune noble et son professeur de musique. l’homme apprenait à l’enfant à accorder sa cithare. il lui dit: « vois-tu, si tu ne tires pas assez sur la corde, elle ne sonnera pas. mais si tu tires trop sur la corde, elle se brisera. » ce fut la révélation qui toucha le coeur de bouddha. il se leva, alla se laver, se nourrir, boire et se reposer. parmi les fans qu’il s’était fait pendant ce temps certains pensèrent qu’il avait abandonné sa quête. il eut beau leur expliquer, ils ne le crurent pas et le quittèrent. (aujourd’hui encore une branche du bouddhisme abrite des méditants qui jeûnent sans fin, se privent de tout, ne se lavent pas, ne dorment pas. de son côté) lorsque bouddha revint à la méditation après tout cela, ce fut pour atteindre l’éveil, enfin!

et les libertins dans tout ça? eh bien ils vivent à peu de choses près le même dilemme. le but du libertin est de vivre SA vie. de la vivre à sa façon, à son rythme, sans se référer aux foules, aux gouvernements ou aux religions. le problème qu’il rencontre est le même que pour quiconque se bat pour sa liberté: si on entre trop en conflit avec le monde, il engagera des représailles ce qui à terme peut être compliqué ou dangereux (campagne de diffamation des « proches », interdictions légales comme dans certains états d’amérique où la fellation ou la sodomie sont interdites, ou encore l’interdiction d’avoir des ménages à plusieurs, emprisonnement si on ne paye pas ses impôts, harcèlement des voisins, insultes, comme pour DSK quand tout à coup il a été affirmé que les viols qu’il commettait étaient accomplis dans le cadre de ses activités libertines… bien sûr… mais bien sûr, voyons, c’est logique…) et inversement, si on respecte trop les règles des autres, eh bien on ne vit plus sa vie à sa manière. on redevient un mouton. la discipline du libertin tient souvent dans ses projets d’avenir: il fait des concessions quand il a des choses à sauvegarder: utiliser le préservatif pour sauver sa santé, garder le secret sur sa vie pour sauver sa réputation, etc.

l’art du libertin selon moi tient en une extrême vigilance: la conscience à chaque instant de la limite entre ce qu’il est prêt à sacrifier à la vie en société (discipline), et ce sur quoi il ne fera pas de concession (plaisir). et ça peut arriver n’importe où, n’importe quand, de réaliser que là, maintenant, il vient d’atteindre sa limite et qu’il va dire stop. qu’à l’avenir, plus jamais il (ne mettra d’argent dans un horodateur, ne paiera le métro, ne prendra l’autoroute payante, ne déclarera ses revenus, ne dira bonjour à ses voisins, ne travaillera, ne conclura un contrat civil sous supervision de l’état, n’ira à l’église ou tout autre lieu de culte, ou autre action de refus de la vie en société). le sexe n’est qu’un élément parmi d’autres. et le but du libertin est précisément de vivre sa sexualité AUSSI sans supervision de la société; il n’embrassera pas comme dans un film hollywoodien, ne se mariera pas comme tout le monde, ne baisera pas comme dans les pornos, bref, il ne fera pas comme (peu importe qui) mais comme ça lui chante. car pour lui c’est important de respecter ses besoins, ses envies, d’imposer sa singularité au milieu de la foule.

cette obligation de jongler entre deux choses en apparence contradictoires est précisément ce qui me laisse penser que le tantrika fonctionne comme un libertin et vice versa. ces deux philosophies sont soeurs. c’est tellement étonnant que ces deux là ne s’accordent pas! d’autant plus qu’ayant l’expérience de la mauvaise presse à son endroit, l’un comme l’autre devraient faire preuve de plus de tolérance et d’ouverture d’esprit envers ceux et celles qui sont les boucs émissaires de la « morale » bien mal placée de notre époque. juger l’autre à priori me semble contraire au principe du carpe diem, qu’on retrouve aussi dans le bouddhisme qui encourage à ne vivre qu’au présent, ici et maintenant. voyez ce qui se déroule sous vos yeux. observez, expérimentez. il sera toujours temps de dire « non » si vraiment les choses vous dépassent, dérapent, glissent entre vos doigts. mais ne dites pas « non » à priori.

ne dit-on pas que le vrai courage ne consiste pas à ne pas tomber, mais à se relever à chaque fois que l’on tombe? je dis, moi, que la vraie tolérance ne consiste pas à empêcher les autres de vous manipuler ou vous tromper. la vraie tolérance consiste à continuer d’aller vers les autres, le coeur ouvert, même après avoir été manipulé(e) et trompé(e). la vraie tolérance consiste à garder l’esprit ouvert tout en sachant qu’on risque d’être manipulé(e) et trompé(e) à nouveau. la vraie tolérance consiste à ne pas juger tous les libertins ou tous les tantrikas sous prétexte qu’on a en connu un, ou même plusieurs, qui se serai(en)t mal comporté(s). la vraie tolérance consiste à ne pas préjuger de tous les hommes sous prétexte qu’il en existe qui volent, abusent, tuent.

et que chacun de vous en tire ses propres conclusions en fonction de l’église à laquelle il appartient… demandez-vous vraiment si ces jugements réciproques sont compatibles avec les principes que vous défendez, si tant est que votre pratique défend des principes…

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2 réflexions sur “tantra et libertinage: opposés ou complémentaires?

  1. 3 échos à la volée :

    “La tolérance ? Il y a des maisons pour ça !” attribué à Paul Claudel – j’aurais probablement préféré que ce soit Alphonse Allais

    « La tolérance est un moment provisoire. Elle permet à ceux qui ne s’aiment pas de se supporter mutuellement, en attendant de pouvoir s’aimer. » Vladimir Jankélévitch

    « vous dites qu’il faut aimer son prochain, c’est faux, vous dites ça parce que vous avez peur »
    je cite de tête, glané sur une affiche de théâtre contemporain à Bruxelles

    ça se décline sur tous les modes, je ne doute pas qu’il y ai des haïku ou des koan zen qui disent la même chose

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