être libertin? je ne pourrais pas…

Playful couple enjoying outdoors

voilà une remarque que j’ai entendu si souvent! et elle provoque (provoquait) en moi toujours une espèce de petit énervement qui part de projections il faut bien l’avouer.

la plupart du temps ce sont des hommes qui me font cette affirmation, et ils la font toujours à l’idée de laisser d’autres hommes coucher avec leur femme. ils se projettent donc dans la peau de mon mari, et ils font un constat d’incompétence. ils se disent: si tu étais ma femme, et que j’étais ton mari, je ne supporterais pas ce que tu es en train de faire, juste là, avec moi.

on peut penser à la possessivité (oui, sans doute), la jalousie (certainement pour une belle part), la peur de mauvaises rencontres (bien sûr), mais mettons de côté ce qui semble évident, et sur lequel je ne discuterai pas… car beaucoup d’autres choses se jouent dans cette affirmation, et des choses pas très rigolotes.

pour avoir de telles pensées il faut avoir peur que les femmes auxquelles on est attaché affrontent le pire dans la nature de l’homme. on affirme donc en une phrase qu’on envisage le pire et qu’on n’envisage pas la femme comme un être capable de tenir bon.

je vais vous l’exprimer autrement: à la question « tu n’as pas peur que je fasses de mauvaises rencontres? » mon mari m’a toujours répondu « oui, mais j’ai confiance en toi ». et c’est une réponse en poupées russes. elle contient :

1- je suis conscient que le monde est un endroit dangereux pour les femmes. ma décision n’est donc pas une fuite de la réalité.
2- je ne suis pas convaincu que tu as besoin de moi pour autant pour te défendre.
3- j’ai donc confiance dans ta capacité à te défendre seule (crier, demander de l’aide, ou se battre, tout dépend de la femme), ou ta capacité à désamorcer les situations de conflit de façon à t’en sortir sans mal.
4- et au besoin, j’ai confiance en ton jugement, ta capacité à « profiler » un homme AVANT de te retrouver seule dans une chambre avec lui.

ce qui signifie également, que pour avoir de « mauvaises » pensées, il faut peut-être aussi être en couple avec une personne qui a tendance à s’impliquer dans des embrouilles incompréhensibles, avant d’appeler son conjoint à l’aide. il est évident que pour un homme qui partage un tel couple c’est impensable de laisser sa compagne seule avec des inconnus. il sait qu’elle se créera des embrouilles, et il sait qu’il ne sera pas là pour l’aider.

c’est donc une décision qui se prend sur la base de sa propre expérience (est-on autonome? ou a-t-on perpétuellement besoin d’aide pour vivre?),

et c’est une décision qui se prend aussi par rapport à son passif de couple. (le mec qui a tendance à voler au secours de la gentille et mignonne victime qui se trouve toujours être au final une arnaqueuse ou une manipulatrice de première zone, cet homme là ne peut pas s’attendre à ce que son épouse lui fasse confiance dans une ouverture du couple. la femme qui ne sait rien faire sans l’aide de son mari – conduire, décider du programme de la soirée, longer le parc ou prendre la grande rue – cette femme là ne peut pas non plus sérieusement proposer une ouverture du couple.)

c’est une question de confiance. quand les choses dérapent, comment le partenaire réagit-il? est-il capable (l’a-t-il prouvé) de s’en sortir seul? si oui, l’ouverture du couple ne sera qu’un problème de changement d’habitudes. si non, l’ouverture n’est pas possible car elle fait entrer l’un des partenaires (ou les deux) dans une réelle zone de danger. un danger physique. et ce n’est pas possible d’affronter à la fois un changement majeur dans les habitudes du couple, et le stress important que représente la mise en danger délibérée d’un ou des deux membres du couple.

donc ça m’énerve, parce que dans ces projections que l’on fait, et dans lesquelles on m’embarque à l’insu de mon plein gré, mes partenaires d’un soir ou d’une semaine me supposent donc incapable de m’occuper de moi. parce que c’est ainsi qu’ils envisagent les femmes, ou parce que c’est ainsi que se comporte leur femme.

« si j’étais ton mari, je ne pourrais pas te laisser libre de rencontrer qui tu veux » signifie en fait, réellement, au fond: je n’aurais pas confiance en toi. je ne pense pas que tu serais capable de te débrouiller seule. je ne te laisserais pas gérer ta vie. calculer tes risques. affronter tes adversités. faire ton chemin. exploiter ton potentiel. je déciderais tout à ta place.

ça me met en colère parce que…

mais tu tiens ça d’où? tu viens juste de me rencontrer, tu ne sais pas qui je suis, de quoi je suis capable, et comment j’accepte ou pas de me mettre en danger. et ça se trouve, sur le grand chemin de la vie, à danger égal, tu trébucherais et tu tomberais mais genre un million de fois avant que le premier caillou ne vienne effleurer le premier de mes orteils. et donc… pour qui tu te prends?

restons civils… hem…

si le couple est sain, s’il est composé de deux personnes autonomes, responsables, et qui tiennent debout toutes seules (des personnes saines donc), il reste la difficulté de la première sortie en solo…

les gens voient ce spectre, effrayant, ce moment terrible où on SAIT que notre partenaire sort pour rencontrer une autre personne, dans l’intention avouée et assumée que ça se termine au lit, et qu’on va être submergé(e) de jalousie.

et oui, ça se passe bien comme ça.
oui, ça fait mal, oui c’est effrayant, oui on est submergé(e) d’une telle foule d’angoisses et de sentiments que c’en est indescriptible.
mais là où on se trompe c’est quand on croit que ça arrive en permanence. c’est faux. c’est comme se faire arracher les dents de sagesse. ça fait mal, mais au bout de deux ou trois jours la douleur s’en va, et ces dents là ne nous manquent pas.

LE premier rendez-vous a été douloureux. dans le sillage de ce premier rendez-vous, la semaine qui a suivi a été étrange, et échelonnée de petites mises au point sur « comment ça va? ». ensuite on est tombés vraiment très rapidement dans une espèce de routine de couple presque ennuyeuse. et après ça, on se retourne et on regarde en arrière, et on se demande comment, pourquoi on a eu si peur, si mal, la première fois? et on s’intéresse d’autant moins à nos angoisses de couple que les premières rencontres en dehors du couple sont excitantes. oh dieu qu’elles le sont!!!

mes premières aventures étaient tellement intenses que c’en était incroyable. et curieusement, je suis tombée en même temps encore plus amoureuse de mon mari. c’est cet événement qui a déclenché en moi la compréhension de tant de mécanismes malsains qui gangrènent les relations amoureuses et maritales « conventionnelles ». ne plus y être m’a permis de mieux comprendre certaines douleurs auxquelles je m’étais pliée, pliée, parce que je pensais ne pas avoir de choix. quel soulagement! j’aurais aussi bien pu être droguée à cette époque, mon existence n’aurait pas été plus dense dans mon ressenti. tout s’est accéléré! tout était plus fort, plus bon, plus doux, plus excitant, plus vivant.

le bilan entre le négatif et le positif de ce changement d’habitudes de couple donnerait de 1 à 10; le négatif est à 2, ou au maximum à 3, il est massif, il vous tombe dessus d’un coup et il dure 7 jours au maximum. le positif reste coincé sur le 10 (un 10 qui nous fait trembler de bonheur, littéralement) pendant des semaines, des mois.

si je devais le refaire, je le referais les yeux fermés. plutôt 20 fois que de ne jamais connaître cette ivresse de la liberté retrouvée.
et quand j’entends une personne me dire « je ne pourrais jamais être libertin(e) », ce que je pense spontanément c’est:
« on n’a jamais que le bonheur qu’on mérite ».

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