oOOooh, ta gueule!

couple-primitif

mais de quoi allons-nous parler sous ce titre si évocateur?

nous allons parler d’une chose qui m’emmerde profondément en ce moment et que les anglophones appellent « small talk »: en littéral « petite conversation », en français « parler de la pluie et du beau temps ». adapté au sujet qui nous intéresse et au monde libertin, c’est le fameux SAPV (oui, d’habitude on dit asv, mais c’est pas dans cet ordre qu’on pose ces questions là généralement). pour les acronymo-phobiques (dont je fais partie d’ailleurs) c’est sexe-âge-profession-ville. pour la ville je comprends le besoin de proximité. pour le sexe généralement les sites de rencontre sont bien renseignés, m’enfin, certains aiment mentir à ce sujet aussi… l’âge vient juste après. si vous êtes une fille et que vous avez entre 18 et 30 ans vous allez intéresser 90% des hommes. et ils s’en foutent du reste. avec ces infos là ils savent que « votre trou » est baisable. non, je ne suis pas vulgaire. ILS le sont. ne frappez pas le messager.

si vous n’entrez pas dans ces critères, vous pouvez être repêchée avec les photos. si vous êtes jolie, ils s’en foutront de votre âge. mais ils seront quand même moins nombreux, car le jeunisme touche tous les milieux dominés par la sexualité. je fais une différence entre sexualité et sexe, l’un étant l’irritation permanente du frustré de base, l’autre étant l’expression de la relation sexuelle d’une personne qui tient debout toute seule. qui s’assume. qui se connaît, et connaît ses besoins. qui se respecte et respecte l’autre. qui n’en aura donc rien à foutre de votre âge et votre profession. je ne dis pas que la rencontre est quasi aveugle, mais si le courant passe, ni l’âge, ni la profession, ni la ville et parfois même ni le sexe ne compteront. une personne consciente de ses besoins qui se sent connectée à vous déplacera des montagnes (et ses propres critères) pour vous rejoindre.

maintenant qu’on a un aperçu de ce que j’envisage comme type de relation, imaginons sous cette lumière une conversation classique avec un partenaire lambda sur un site de rencontre (rien qu’à l’imaginer, je suis par avance énervée). je pourrais faire une liste des choses banales que les gens se sentent obligés de demander, alors qu’ils n’y accordent aucune importance et qu’il y a 9 chances sur 10 qu’ils aient tout oublié dans l’heure qui vient:

  • salut! tu vas bien? (sérieusement? c’est tout ce que t’as trouvé?)
  • tu fais quoi dans la vie? (blabla blabla blaaaaaaaaaa!)
  • as-tu des tabous? ou encore
  • quelles sont tes limites? (oh la laaa que je l’aime celle-là! elle ne sent pas du tout le mec qui tient absolument à te sodomiser! ou alors celui qui va négocier pendant une heure pour baiser sans capote.)
  • t’as des enfants? (pourquoi? tu veux les adopter? tu veux savoir si éventuellement en te trompant de porte tu peux te perdre dans leur chambre en prétendant aller aux toilettes?)
  • est-ce que ton mari est au courant? ou mieux
  • qu’est-ce que ton mari pense de tes rencontres? (celle-là m’énerve tellement que j’ai pris l’habitude de répondre « tu veux lui parler? je l’appelle et tu lui poses la question? », ce à quoi ils répondent toujours « non! » ce qui est bien la preuve qu’ils sont conscients d’être indiscrets.)
  • tu as une photo de (ton corps)? (soyons clairs: je comprends l’impératif de la photo pour une rencontre qui débute en virtuel – et encore pas complètement car je peux me déplacer pour découvrir une personne sans avoir eu le moindre indice avant cela – mais je comprends. ceci étant, passé la photo classique du visage, permettant de savoir si l’autre nous plaît ou pas, je ne suis pas une marchandise. on n’est pas sur e-bay ou sur amazon, et je ne vais pas prendre en photo chaque vergeture et chaque ride avec le commentaire « en bon état, mais comporte quelques éraflures ». si c’est l’image que vous avez de vous-même, c’est votre problème. mais ce n’est pas l’image que j’ai de moi, et je ne laisserai personne sous-entendre que je peux être traitée comme une esclave sur un marché. puis, pour être parfaitement raccord; si tout ce qui vous intéresse c’est la forme de mon corps, la taille de mes seins, mes fesses et mon ventre, VOUS ne m’intéressez pas. vous êtes superficiel et sans intérêt aucun.)

mais alors de quoi pouvons-nous parler quand on aborde une personne pour la première fois?

mais de tout! de tout!

pour commencer, si vous abordez une personne pour une raison précise, vous gagneriez à lui dire cette raison immédiatement. y’a pas de « salut, tu vas bien? » suivi d’un noyage de poisson qui ferait honte à un politicien, avant d’enfin aborder le sujet qui vous intéresse. j’ai pas de temps à perdre. point. si vous avez le temps pour ces conneries, c’est très bien, parfait, tant mieux pour vous, mais moi non.si vous espérez faire glisser le sujet en douceur dans la conversation c’est perdu car quand on en arrivera enfin là (si je ne me suis pas barrée avant) je serai tellement énervée contre vous que la seule réponse qui me viendra aux lèvres sera « non! ».

un message que j’apprécie se présente plutôt comme ceci:
« salut, j’espère que tu vas bien. j’ai vu ton profil et il me plaît parce que (c’est très important de dire pourquoi, et surtout d’être sincère). j’aimerais te rencontrer, dans les conditions qui te conviendront. je suis disponible de … à … . (au besoin) voici mon numéro de téléphone. » (et on ajoute une photo, un portrait récent. la bite vous pouvez la garder dans votre pantalon… pour l’instant.)

si vous voulez juste une excuse pour bavarder avec une personne qui vous plaît et vous intimide un peu, pitié, choisissez une VRAIE excuse, et offrez-la sur un plateau:

en ce moment je suis en train de * (*regarder tel film (tu l’as vu?), *organiser une sortie (ça t’intéresse?), *faire le tri dans mes contacts (ça t’arrive de le faire aussi?)),

j’adore ton profil parce que * (*tu as cette étincelle dans le regard qui m’a vraiment accroché, tu es une des rares à avoir une annonce très complète, *j’aime les balades comme toi et j’ai pensé que c’est un bon moyen de faire connaissance…),

qu’aimes-tu faire généralement * (*à cette heure-ci, *quand il pleut comme aujourd’hui, *quand tu ne viens pas bavarder sur le site),

je ne veux pas t’ennuyer avec un « interrogatoire » alors pour faire connaissance ça te dit de jouer à un jeu? (que vous pouvez inventer, mais bon, comme j’ai peu d’espoir que ça arrive – tout le monde n’ayant pas mon imagination – ou vous pouvez simplement dépoussiérer votre pictionary!),

etc.

les conversations sont illimitées. généralement les gens n’osent pas sortir des sentiers battus parce qu’ils ont peur. en surprenant l’autre ils ont peur de gâcher une chance de baiser facilement avec une personne bateau qu’ils n’auront jamais envie de revoir. ils ne voient même pas les choses de cette manière. toutes les excuses, tous les moyens sont bons pour baiser n’importe qui et à tout prix. l’émulation générée par « la bataille pour la baise » sur les sites de cul et les clubs libertins dé-centre ceux qui les fréquentent. on se retrouve à faire et à dire des choses qu’on ne ferait jamais et ne dirait jamais en temps normal.

or la base même d’une relation épanouissante et ADULTE tient à notre capacité à rester centré(e). en lien avec soi-même. en conformité avec ses principes, ses besoins, ses ambitions. toute la vie fonctionne comme ça. si vous acceptez le premier boulot venu sous prétexte qu’il n’y en a pas pour tout le monde, et que vous vous laissez déborder, dé-centrer, par le taux de chômage, la peur de manquer, et l’angoisse de payer votre loyer, VOUS AUREZ UN BOULOT DE MERDE. si vous restez centré, que vous n’oubliez pas votre lien avec vous-même, vos principes, vos ambitions, si vous vous donnez la possibilité de trier ne serait-ce qu’un peu, si vous laissez ouverte la porte à de meilleures propositions, si vous avez le courage de dire « non » à ce qui ne vous complète pas, vous finirez fatalement par trouver mieux que celui qui se sera arrêté de chercher après avoir trouvé un pis-aller.

peu de gens savent utiliser la force du vide. il faut apprendre à utiliser la force du vide. là où vous n’avez pas de rendez-vous avec un plan boiteux vous avez du temps pour chercher un meilleur plan. là où vous n’avez pas de mauvais sexe vous avez gardé de l’énergie en prévision d’une belle rencontre. le monde actuel déforme les choses et dénigre l’énergie. vous n’avez pas baisé depuis plusieurs mois? on vous regardera avec pitié. non, désolée, mais non. je n’ai pas baisé depuis plusieurs mois parce que RIEN de ce qu’on m’a proposé depuis plusieurs mois ne me convient. je préfère être seul(e) plutôt que mal accompagné(e). tant que la place est libre, JE suis libre de trouver mieux. si la place ne l’était pas, la situation deviendrait tout de suite plus compliquée: pour avoir un nouvel amant je dois ménager celui que j’ai déjà, trouver un créneau pour un rendez-vous en plus de ceux que j’ai déjà. dépenser plus d’essence, d’hôtel, de capote, d’énergie.

utilisez la force du vide parce que l’être humain ne possède pas de ressources illimitées. je ne parle pas d’argent. je parle d’énergie. si vous baisez déjà deux fois par semaine, que votre rythme sexuel naturel est de 2/sem, vous ne POURREZ pas avoir une autre relation, même si une meilleure relation apparaissait. vous seriez vidé(e). de plus si vous décommandez votre amant actuel pour faire de la place à un autre, vous prenez le risque de le froisser, donc qu’il s’en aille. moi je le ferais sans hésiter. mais combien n’oseront pas sous prétexte qu’« on sait toujours ce qu’on perd mais pas ce qu’on gagne »? ce même prétexte qui fait que 90% des coquins/libertins baisent avec des gens qu’ils n’aiment pas, se marient avec des gens qu’ils n’aiment pas, et restent avec des gens qu’ils n’aiment pas! les gens préfèrent être mal accompagnés simplement parce qu’être seul est mal vu.

tous ces schémas sont des habitudes bien inscrites dans nos comportements. et tous ces schémas débutent avec des « small talks ». l’homme doit faire ci, la femme doit faire ça. chacun a ses répliques bien apprises et orchestrées au millimètre, et chacun joue son rôle en étant persuadé de faire « ce qu’il faut ». à la seconde où vous ouvrez la bouche, l’hypocrisie entre en scène. le superficiel. le vernis. l’illusion d’être dans le bon endroit et de la bonne manière. la conviction de faire ce qu’on attend de vous. l’enfermement. la prison. dès que j’entends un début de « petite conversation » je sens déjà les chaînes du vernis social s’abattre sur mon cou, mes bras, mes jambes, et j’ai envie de vous hurler dessus!

moi je ne joue pas. je vis.
je n’attends rien de vous. rien d’autre que vous ressemblant à vous-même, vous comportant comme vous-même, et parlant comme vous-même.
et je ne supporte pas que vous attendiez de moi que je me comporte comme une personne autre que moi, ou de la façon dont une société toute entière a décidé que je devais me comporter. je ne dois pas. je ne dois rien à personne, et certainement pas à vous.

alors quand j’entends l’une de ces questions, ou que je les lis, dans une conversation qui est censée être unique en son genre, puisqu’elle sera l’unique conversation que vous (unique en votre genre) et moi (unique en mon genre) aurons jamais, quand je vois cette conversation commencer à ressembler à celles que j’ai eu avec tant d’hommes anonymes, informes, inodores, incolores, interchangeables et flous dans ma mémoire,

je fais un effort fou pour ne pas vous claquer un:
oOOOoohhh! ta gueule!

***
voici un texte trouvé sur le net qui vous inspirera sans doute, comme il m’inspire:
 .
« Ça ne m’intéresse pas de savoir ce que vous faites dans la vie.
Je veux savoir ce qui vous fait mal, et si vous osez rêver de réaliser le profond désir de votre cœur.
 .
Ça ne m’intéresse pas de savoir l’âge que vous avez.
Je veux savoir si vous pouvez risquer de passer pour un(e) idiot(e) par amour, pour vos rêves, ou pour l’aventure d’être vivant.
 .
Ça ne m’intéresse pas de savoir quelles planètes transitent dans votre lune.
Je veux savoir si vous avez touché le centre de votre propre tristesse, si vous avez été déchiré(e) par les trahisons de la vie ou si votre âme s’est fripée et fermée par crainte de souffrir à nouveau ! Je veux savoir si vous pouvez vous asseoir avec la douleur, la mienne ou la vôtre, sans bouger, sans essayer de la cacher ou l’estomper, ou la réparer. Je veux savoir si vous pouvez marcher dans la joie, la mienne ou la vôtre, si vous pouvez danser avec sauvagerie et laisser l’extase vous remplir du bout de vos doigts jusqu’à celui de vos orteils, sans recommander à quiconque de faire attention, de se rappeler d’être réaliste, de se souvenir des limites d’être humain.
 .
Ça ne m’intéresse pas de savoir si ce que vous dites est vrai.
Je veux savoir si vous pouvez en décevoir un(e) autre afin d’être fidèle à vous-même ; si vous pouvez supporter l’accusation de trahison et ne pas trahir votre propre âme ; si vous pouvez être infidèle et donc digne de confiance. Je veux savoir si vous pouvez voir la beauté même quand elle n’est pas jolie, tous les jours, et si vous pouvez ressourcer votre propre vie en sa présence. Je veux savoir si vous pouvez vivre avec l’échec, le vôtre ou le mien, et rester capable de vous tenir sur le bord du lac pour crier à l’argent de la pleine lune:  » oui ! ».
 .
Ça ne m’intéresse pas de savoir où vous habitez ou combien d’argent vous avez.
Je veux savoir si vous pouvez vous lever, après une nuit de chagrin et de désespoir, las(se) et meurtri(e) jusqu’aux os, pour faire ce qui doit être fait pour nourrir les enfants.
 .
Ça ne m’intéresse pas de connaître vos relations, ni comment vous avez réussi votre vie jusqu’ici. Je veux savoir si vous êtes capable de vous tenir dans le centre du feu avec moi et ne pas reculer.
 .
Ça ne m’intéresse pas de savoir où, à propos de quoi et avec qui vous avez étudié. Je veux savoir ce qui vous soutient, de l’intérieur, quand tout s’écroule autour de vous. Je veux savoir si vous pouvez être seul avec vous-même et si vous aimez votre propre compagnie dans les moments vides. »
 .
(Auteur : Oriah Mountain Dreamer, traduit de l’anglais.)
***
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