angoisses et dépendances

il y a quelques jours j’ai pris rendez-vous sur un site de rencontre avec un potentiel nouvel amant. nous nous retrouvons à la gare, et nous décidons de prendre une boisson chaude au mac do (c’était le seul endroit où nous pouvions nous asseoir l’après-midi au chaud, en plein mois de décembre, pour consommer une boisson chaude).

les présentations sont vite faites, et nous commençons à nous raconter mutuellement. il a l’air ouvert d’esprit, tolérant, plutôt normal, même si avec le recul je réalise que face au libertinage, il montrait cet enthousiasme de l’enfant qui découvre la vie… sur le moment j’ai pris ça pour l’enthousiasme de celui qui aime ce qu’il fait, ce qu’il vit. l’homme a 25 ans, peut-on le lui reprocher?

on en vient à parler de mon mode de vie, de mes choix de libertine, de mon époux, de nos relations, et de ma nature libre-amoureuse surtout. je me sens obligée de l’en avertir simplement parce que ceci étant singulier, ne pas l’évoquer pourrait être interprété comme une manipulation. après quelques explications, je le sens chiffonné. j’explique que je comprends le point de vue des hommes face à une femme comme moi: quand on papillonne, on n’a pas envie de s’investir, et généralement, le fait que je me sente libre d’aimer deux hommes, parfois plus, angoisse ces messieurs.

je prends le temps de lui expliquer (encore) que ça ne change rien pour lui, pour mes amants. chacun fait ce qu’il veut et s’investit autant qu’il veut. chacun garde le cap sur la direction qu’il/elle s’est choisie. le fait que j’aime n’implique pas que l’on doive m’aimer en retour. je suis capable de gérer mes sentiments, et comme je ne suis pas du tout d’une nature harceleuse, mes sentiments ne sont pas un risque. j’ajoute que je n’ai jamais forcé personne, et que si les choses (moi) ne lui conviennent pas, le moment passé ensemble et ce qui a été partagé, donné, échangé, me suffisait amplement.

il ne répond pas tout de suite, mais finit tout de même par m’expliquer ce qui le chagrine: tu sais, ce n’est pas vraiment le fait que tu saches aimer plusieurs hommes, dont potentiellement moi, qui m’embête. ce qui m’angoisse c’est qu’une fois amoureuse de moi, rien ne t’empêchera d’aimer quelqu’un d’autre. et contrairement à ce que tu crois, je pense que c’est surtout cet aspect là de ta nature qui a dû également gêner tes ex amants. la peur de l’investissement est supplantée par la peur d’être abandonné après avoir vu miroiter au loin l’espoir d’être aimé.

wow…

un clignement d’yeux, et tout ceci traverse mon esprit:

dans l’ordre.
– un véritable amour est donc un amour exclusif.
– je drague sur un site libertin, donc je choisis un partenaire manifestement non exclusif (au mieux), infidèle (au pire) et je lui demande de la fidélité et de l’exclusivité.
– je suis aimée « en double » et ça me convient (c’est à dire je suis l’amant(e)). mais que mon partenaire aime en triple (on ajoute un amoureux) et tout d’un coup le sentiment qu’il éprouvait pour moi perd sa valeur.
– le véritable amour est donc un amour exclusif (1+1), ceci dit un amour partagé à 3 a plus de valeur aussi qu’un amour partagé à 4, etc. (je suppose que plus on ajoute de partenaires, moins le sentiment a de valeur).

(je ne vous referai pas l’insulte de la comparaison entre le sentiment amoureux et le sentiment familial… si, je vais la faire. j’aimerais que ceux qui ont une famille nombreuse soient conscients que leurs sentiments envers leurs enfants, frères et soeurs, oncles et tantes, et cousins cousines, germains ou pas, amis, bref… plus vous aimez de gens, moins vos sentiments ont de valeur. plus vous avez d’enfants, moins l’amour que vous avez pour chacun d’eux a de valeur. soyez bien conscient de ça.)

et donc voilà ce qui devait se passer dans sa tête à lui:

– le sentiment que je ressens pour une personne est donc très dépendant du sentiment qu’elle ressent pour moi. il ne s’agit pas de son comportement avec moi, de la façon dont je me sens près d’elle. entre deux partenaires possibles, à comportement et bien-être égaux, je préférerai celle qui sera exclusive.
– je rejetterai plus facilement une relation multiple épanouissante plutôt qu’une relation boiteuse avec quelqu’un d’exclusif.
– inversement, je suppose que si je suis fidèle, j’ai le droit de me comporter plus mal. à partir du moment où cette unique clause du contrat (l’exclusivité) est respectée, même en me comportant comme un connard je reste digne d’éloges?
– j’assume le fait que je n’aimerais pas être le mari de la femme que je drague? (logiquement, puisqu’il vit actuellement la situation que je crains de vivre demain…)
– je ne veux pas être aimé dans une relation libertine (encore une règle bien peu libertine), mais si on doit me proposer un lien sentimental, il FAUT qu’il corresponde à un schéma précis (pas libre, pas libertin non plus, donc).
– je pense qu’il n’y a qu’une seule façon d’aimer. 7 milliards d’individus, mais un seul sentiment d’amour.
– oui, mais l’amour familial c’est pas pareil, ça compte pas.

et surtout, le dernier mais pas le moindre:

– je suis complètement cohérent avec moi-même!!!

c’est fou la captivité mentale dans laquelle la société nous tient. c’est fou que tous ces raisonnements là soient bloqués quelque part dans notre cerveau, simplement parce qu’il est impensable que les membres de notre société puissent penser librement, vivre librement. et le plus fou dans tout ça, c’est que la rencontre avec une personne libérée de ces schémas stériles génère toujours une angoisse si grande que plutôt que de reconnaître que sa cage n’existe pas non plus, la personne préfère s’enfuir sans jamais se retourner.

(…)

11

le rendez-vous se termine, nous repartons chacun de notre côté en se promettant de nous revoir. je suis mitigée, mais … je me dis que si je commence à rejeter les gens parce qu’ils pensent moins librement que moi, j’ai pas fini d’être toute seule… je repousse la décision à plus tard, mettons que sans me plaire, il ne m’a pas furieusement déplu non plus. je me dis qu’il est un peu jeune, sans doute…

j’en suis donc là, quand je lui envoie un mél pour lui demander ses disponibilités. il n’y répond pas. je prends ça pour un refus, certes un peu lâche, mais si fréquent dans notre milieu. 4 jours plus tard sur le site de rencontre où nous nous sommes contactés, il laisse un commentaire élogieux sur mon profil. ok… je ne comprends pas tout, mais je valide le commentaire, et passe à autre chose.

une semaine plus tard je reçois un sms d’un numéro inconnu (ben oui, j’avais effacé son numéro): « ha ha! très drôle! tu dois être bien contente de m’avoir joué ce tour là! »

étonnement.
j’hésite à effacer pour cause d’erreur de correspondant, puis prise de doute je demande qui c’est.
« – r« .
je le remets tout de suite, bien entendu. et j’éprouve à cet instant un sentiment clairement désagréable. la décision est donc prise. je réponds tout de même:
– de quoi parles-tu?
– tu me laisses sans nouvelle, alors que nous avions décidé de nous revoir, et que tu as validé mon commentaire sur ton profil.
– je t’ai envoyé un mail et tu n’as pas répondu. j’en ai déduit que tu ne voulais pas me revoir. n’étant pas une harceleuse, j’ai classé l’affaire. à l’avenir ne me texte pas pour me dire des choses immatures.
– ah bon? je n’ai pas vérifié mes mails. ayant échangé nos numéros de portable, je pensais recevoir ta réponse par sms.

à ce moment là, les bras m’en tombent…! sérieux, quand on attend la réponse d’une personne, franchement, avant de l’accuser de quoi que ce soit, on vérifie, c’est un minimum, non?!!! et quelle façon respectueuse de tenir compte de mon avertissement!!! je ne réponds rien. quelques minutes plus tard (je suppose qu’il a pris le temps de lire mon message) mon téléphone vibre encore:

– ah oui. quel malentendu, ha ha! bref, passons. arrêtons les blablas, et au lit!

pas de « désolé, je me suis emballé, excuse-moi… »
dans ma tête je me dis « rêve! ». et je ne réponds rien.

– j’espère que tu ne m’en voudras pas pour ce contre-temps!

ce qui est une autre façon de ne surtout pas dire « désolé, je me suis emballé, excuse-moi »
donc je lui réponds nada.

sur le site il m’enverra encore deux ou trois messages que je vous passe. et auxquels je ne répondrai pas…

je crois que sous prétexte qu’on se rencontre dans l’espoir de joindre la partie basse de nos anatomies, beaucoup s’imaginent que les limites acceptables de la politesse s’effacent, ou du moins, peuvent être repoussées.

une amante potentielle n’est pas une bonne pote sur le dos de laquelle on donne une grosse claque en rigolant devant une bière. si ce genre d’ambiances se met en place spontanément et que ça vous convient à tous les deux, fort bien. mais n’allez pas vous comporter ainsi tout le temps et avec n’importe qui sous prétexte que VOUS êtes plus à l’aise ainsi.

avant d’en arriver à « bien rigoler ensemble », ou « traîner ensemble », il y a une phase d’observation. cette phase est très importante car elle permet à chacun des deux partenaires de juger de la capacité de l’autre à respecter son espace personnel. à comprendre qu’il l’a transgressé quand il le transgresse, et à comprendre quand il doit demander à l’autre de l’excuser s’il a dépassé les bornes.

c’est une danse.
quand vous invitez une inconnue à danser,  arrivés sur la piste vous n’allez pas dès le premier pas agir comme vous faites toujours avec votre copine margot qui vous accompagne dans toutes vos virées! vous allez vous observer, regarder comment l’autre danse, dans quelle mesure vous pouvez vous adapter à son style, ou trouver une solution intermédiaire entre vos deux styles. ensuite vous vous rapprochez un peu pour vérifier si ça fonctionne… en cas de couac, on s’adapte, on recule un peu, ou on se rapproche encore car certaines danses sont plus faciles si on sent les mouvements du corps du partenaire.

si à la fin de la première danse vous avez marché 3 fois sur les pieds de votre partenaire, vous ne vous êtes pas excusé, pire, vous n’avez rien remarqué et c’est elle qui a dû vous demander trois fois de faire plus attention, sans que vous ne la gratifiez du moindre mot d’excuse… si vous l’avez serrée trop fort alors qu’elle vous repoussait désespérément des deux mains. si vous aviez une conversation lourde et immature…

vous pensez vraiment qu’elle dira oui pour une seconde danse?
je veux dire sauf à être désespérée au point de considérer que vous êtes son dernier espoir d’avoir un enfant et de se marier avant que son horloge biologique ne se détraque?

un peu de décence, que diantre!
voilà, c’est le mot que je cherchais: la décence!
dans votre folie, faites donc un peu de place pour celle de votre partenaire.

Publicités

2 réflexions sur “angoisses et dépendances

  1. De l’autonomie….
    Peut être un plus long commentaire un autre jour, mais tu as compris l’essentiel 😉
    Et oui ça faisait longtemps, désolé… Mais je ne t’ai pas oublié !

    Bises

    Et bonne année !!!

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s