la difficulté d’être le partenaire d’un libertin

orientalenue

« la place du cocu » c’est la chose qui effraie le plus les gens. je veux dire à la fois ceux qui connaissent dans leurs fibres le libertinage et ceux qui ne connaissent rien du libertinage: comment réagir dans les moments les plus difficiles? et contrairement à ce qu’on croit, les moments sont plus difficiles quand la relation avec l’amant ne va pas que quand la relation avec l’amant va bien.

petite histoire:

je voulais conquérir un nouvel amant. il était beau, et il était gravement malade. il était atteint d’une maladie terrible qui faisait que ses intestins mouraient. simplement. il était resté deux ans déjà isolé chez lui, à subir des interventions douloureuses et handicapantes, les unes après les autres. il avait 26 ans. on s’entendait bien, j’essayais de le convaincre que même s’il était obligé de se déplacer avec une poche pour ses besoins (à 26 ans, vous imaginez?) il me plaisait, j’étais avertie, et je voulais le voir. je vous la fais courte: il a annulé deux fois. et j’étais prête à lui laisser l’opportunité d’une troisième fois quand l’incident est arrivé:

ce soir là nous discutons sur msn (ah, c’était la belle époque d’msn!) et il m’apprend qu’il revient d’un rendez-vous chez le médecin. depuis deux ans ils espéraient sauver son anus. par je ne sais quel procédé, ils avaient fait en sorte que la partie basse de son tube digestif soit « mise en repos », en espérant la sauver, et sauver un jeune homme de 26 ans de la perspective d’avoir à se déplacer avec une poche le reste de sa vie. il venait d’apprendre que malgré leurs efforts, son mal avait progressé, que son anus était perdu, qu’il allait devoir être opéré, encore, et qu’il était condamné à la poche…

il était vraiment déprimé. vraiment. effrayé aussi, parce que son mal avait progressé, et que son diagnostique vital risquait d’être engagé à court ou moyen terme. il tenait des propos suicidaires. j’ai fait bonne figure. je lui ai remonté le moral, très courageusement, parce que j’étais aussi effrayée. il n’est pas resté longtemps, il avait besoin d’être « seul », si tant est qu’on peut dire qu’on n’est pas seul devant msn. dès qu’il s’est déconnecté… je me suis sentie terriblement mal. j’ai expliqué à mon mari ce qui se passait parce que nous sommes à deux pas l’un de l’autre, chacun sur son ordi, mais l’un à côté de l’autre. et juste après, j’ai fondu en larmes.

mon mari m’a consolée. nous avons parlé un peu, puis il m’a dit simplement: « écoute, je comprends bien que tu aimes bien ce jeune homme, mais tu ne peux rien faire pour lui. dans tous les cas, si cet homme est ton amant, ou que tu projettes un tel lien avec lui, ça me déplait fortement qu’il te fasse pleurer, peu importe la raison. »
ça m’a fait un déclic. j’ai compris que je me fourvoyais. il faut choisir, soit je le veux pour amant, soit j’ai besoin de jouer les assitantes sociales. je ne peux pas mélanger les deux. et il était clair que mes larmes signifiaient que d’une façon ou d’une autre, nous venions de toucher à une limite. à moi de voir si je voulais la franchir. ou pas.

la réponse a été « pas ». j’ai coupé les ponts avec ce jeune homme, en lui expliquant le pourquoi de ma décision. ça ne tenait pas uniquement à ça, ça tenait à des tas de choses qu’il m’avait dites et faites, parce qu’il était malade, et qu’il se pensait – à raison d’ailleurs – tout permis. l’une de ces choses étant les deux lapins qu’il m’avait posés, chose qu’en temps normal je ne pardonne jamais. et le reste (des mots blessants, souvent maladroits, mais objectivement blessants) était à cette image. je me suis aperçue que je lui avais passé un tas de choses en raison de sa maladie. ce qui est humain. mais je ne voulais pas être une infirmière, ou une assistante sociale, et j’avais perdu de vue mes objectifs.

il a beaucoup regretté mon départ. et je peux le comprendre parce que dans les quelques mois que nous avons passé à échanger sur internet, je lui avais beaucoup apporté, en conseil, puis surtout en soutien. il s’en est sorti aussi. aux dernières nouvelles, il allait mieux, il avait commencé à sortir à nouveau, à voir des amis.

le but de cet article n’est pas celui là. le but de l’article est de se mettre à la place du mari, ou de la femme, de celui  qui vit ça. on n’a pas envie d’être impliqué, mais on l’est tout de même. on voit l’autre qui vit ses aventures, et à la limite, on préfère quand ça se passe bien, même si on est jaloux. parce que quand ça se passe mal, on est complètement impuissant(e) à intervenir. et pour peu que l’autre soit buté dans son choix de relation, ou refuse de sortir sa tête de l’eau, de prendre du recul pour juger la situation dans son ensemble, on peut facilement être embarqué dans un drame en 3 actes. et le seul choix qu’on a c’est soit on reste dans le bateau, et on souffre, soit on sort du bateau et on prend le risque de perdre son partenaire.

à plusieurs reprises mon mari m’a dit qu’il préférait quand mes rencontres se passent bien. je reviens à la maison détendue, heureuse, et complètement disponible pour lui. quand les choses se passent mal, ça allourdit ce qu’il peut y avoir de déjà négatif entre nous deux. souvent les gens m’opposent leur possessivité et leur jalousie pour expliquer qu’ils ne peuvent pas être libertins. honnêtement, la possessivité et la jalousie n’est que le second chef de la préoccupation de toute personne libertine. je dirais qu’en prime, on peut l’apprivoiser: un bout d’un moment, la jalousie s’estompe, et la possessivité disparaît. l’angoisse jamais. et plus on aime plus on est inquiet(e) des possibles mauvaises rencontres. que l’homme soit blessé dans son amour-propre (car ils sont souvent dénigrés) et la femme dans son corps (qui ne craint pas la violence dans une rencontre entre une femme et un homme qu’elle ne connait pas?).

rien n’est facile.
ceux qui regardent les couples libertins de l’extérieur en disant: « ah mon diiiieuuuu! mais queeelle chance tu aaaaaaas! » n’ont rien compris à la vie. les cadeaux vous tombent rarement tous cuits dans la bouche. et souvent plus le cadeau est grand, plus il vous a coûté (ou vous coûte) cher.

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