gérer l’impuissance

Balade-en-Foret

les rencontres libertines ont déformé ma façon d’aborder les hommes: j’ai appris à prendre du recul, à ne pas insister, à accepter que l’autre décide de me repousser, ou simplement qu’il ne soit pas assez enthousiaste pour que la rencontre aboutisse.

ces derniers jours je n’ai pas pu m’empêcher d’y songer quasi en boucle: lui et moi nous nous sommes « rencontrés » sur un site, nous avons sympathisé, il est normal (c’est assez rare pour que ça mérite d’être souligné), et nos pas l’un vers l’autre se sont succédé avec une logique et un rythme naturels. ça aussi c’est rare. puis ça a déraillé, chez moi: j’ai eu quelques bobos qu’il a fallu soigner, et j’ai simplement abandonné l’idée de la rencontre, non pas parce qu’il me déplaît, non pas parce qu’il a refusé de comprendre, mais parce que dans le monde libertin quand on tergiverse l’autre s’impatiente et claque la porte. j’ai donc à part moi décidé d’avaler un constat d’impuissance, et j’ai fermé la porte sans essayer plus avant.

les bobos soignés la vie reprend son cours, et arrive cette soirée où avant que je ne rompe unilatéralement les négociations  je lui avais proposé de me rejoindre. je suis une femme de parole, aussi sans trop y croire (45 jours de silence plus tard quand même) je lui envoie une relance de pure forme: viendrais-tu toujours à cette soirée dont nous avions parlé? quand je consulte mes mails le lendemain, pas de réponse. je me fais une raison, j’avale mon second constat d’impuissance. et il me répond que oui quelques heures plus tard. heureuse surprise!

cette soirée, je l’avais proposée à plusieurs contacts, des gens sympathiques avec lesquels j’avais envie de faire connaissance, juste comme ça, me re-socialiser un peu, moi qui suis solitaire au possible en ce moment! l’intérêt étant de parler de libertinage à ceux qui s’y intéressent, débutent, tâtonnent, et soulager nos âmes en peine pour ceux qui avaient de vilaines rencontres à partager. mon contact justement s’intéresse au libertinage, il n’a jamais tenté encore, mais c’était l’un de nos sujets de conversations favoris quand nous parlions.

nous voilà donc à cette soirée, assis à des kilomètres l’un de l’autre. j’envisage bien sûr la possibilité qu’il ne soit finalement pas intéressé par moi, et qu’il le soit par une autre. d’ailleurs il ne donne pas du tout l’impression de s’intéresser à moi outre mesure. gloups! 3ème constat. je n’insiste pas, n’essaie pas, ne tente rien. je bavarde avec tous, nous passons une bonne soirée, et je rentre à la maison.

je vous sens bouillir… vous rongez votre frein? alors imaginez dans quel état ça me met !

au fond le libertinage c’est ça. on a des envies, des besoins sans doute même, mais la liberté de l’autre est tout aussi importante que la sienne. je ne peux pas, je ne veux pas, ni influencer ni peser sur la décision de l’homme que je veux mettre dans mon lit. je veux être choisie.

je garde mes doutes, mes hésitations, mes « froissades », mes souffrances pour moi. toutes ces choses peuvent être des moyens de pression, il suffit de savoir appuyer sur les bons boutons, et on peut faire pitié, attendrir, culpabiliser, apitoyer l’autre au point qu’il cède pour vous réconforter, et pas parce qu’il en a envie. ces méthodes je les exècre d’autant plus que je les ai toutes subies, en relevant avec plus ou moins de talent le gant pour y faire face.

je veux être choisie. dans le cas contraire, s’il vous plait, oui, foutez-moi la paix!
je suis donc forcée de garder une certaine distance, la distance nécessaire pour que l’autre se sente libre de dire oui, ou de ne rien dire/faire ce qui équivaudrait à un non, sans se sentir observé, attendu, espéré, sans être sous pression. pour moi toute la délicatesse d’un vrai libertin se situe dans cet espace de liberté qu’il consacre à son vis-à-vis.

se retenir parfois à chaque pas, étudier l’attitude corporelle, l’intonation de voix, les mots choisis, ceux qui s’échappent… prendre en compte l’expérience ou l’inexpérience de son partenaire, sa personnalité extravertie ou introvertie, son humeur du moment… retenir les mots, les gestes, ou dire les mots et faire les gestes. peut-être se poser trop de question… peut-être pas assez…

ce n’est pas parce qu’on est libertin que les rencontres sont faciles. ce n’est pas parce qu’on a l’habitude de la rupture, d’être rejetée, que ça ne fait plus mal. mais quand on choisit ce mode de vie, on accepte de payer ce prix.

allons, finissons sur une note agréable: j’ai réussi à choper le dernier train, je suis dans ma correspondance, sur le quai du RER, les oreilles battues par le vent glacial de cette nuit de mai si exceptionnellement froide, quand mon téléphone sonne: un sms de lui. il espère que je suis bien rentrée, et me demande si j’aimerais qu’on partage un thé. qu’en pensez-vous? j’en ai envie, vous croyez…?

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