livre-v, e-book: Matthieu et Paul – partie III

CHAPITRE III

Paul

Ce soir-là, j’étais bien décidée à me faire pardonner ma mauvaise humeur des derniers jours auprès de mon mari. Je me sentais coupable parce que Paul était très perméable à mes sentiments. Je me demandais parfois à quel point il s’ignorait lui-même pour me suivre dans mes états d’âme. Si j’avais envie de bouger, il me suivait. Pas toujours de bon cœur au début, mais il finissait par se laisser emporter par mon enthousiasme. Si je voulais du calme, il me faisait un thé, me proposait de me couler un bain, mettait de la musique douce, et me tenait compagnie avec un livre. Nous restions alors parfois des heures, l’un contre l’autre, en silence.

Ces derniers jours, l’ambiance à la maison avait été plus que mauvaise. C’est à peine si j’avais trouvé la force de l’accueillir quand il rentrait du travail. Je n’avais pas apprécié pas ses baisers, ni ses étreintes. Elles pansaient mes plaies du cœur, mais me laissaient une terrible frustration, avec la certitude que je ne me trouvais pas là où je voulais être. J’étais restée silencieuse la plupart du temps, obnubilée par le souvenir de Matthieu. Et quand je n’avais pas passé mon temps à me souvenir, je l’avais passé à imaginer ce qui aurait pu, ou pouvait encore arriver. J’avais été de mauvaise compagnie, et je le savais. Paul m’avait lui-même trouvé des excuses. Mais cela ne m’empêchait pas d’avoir envie de me rattraper.

J’ai attendu avec impatience son retour, bien avant que sa clé ne tourne dans la serrure. Je me suis alors cachée, à l’angle de l’entrée. Je l’ai observé discrètement : Il avait l’air fatigué, et son front était plissé. Il a posé son porte serviette sur le buffet, et son manteau et ses chaussures dans le placard de l’entrée. Ceci fait, il a jeté un œil dans le salon. Ma clef était sur la serrure, il savait donc que j’étais rentrée, et il a été surpris de constater que je n’étais pas sur le canapé, à lire ou regarder la télé comme tous les soirs. Il a fait demi-tour en passant sans me voir juste devant moi pour aller vers la chambre.

Je me suis postée devant la porte refermée du salon. Je l’ai entendu revenir, et j’ai levé les bras, comme un tigre prêt à bondir. En rouvrant la porte, il s’est trouvé face à moi. Il a fait un bond, poussant un « Ah ! » de frayeur. Je lui ai sauté dans les bras en riant !

– Tu es infâme ! A-t-il dit, sans une once d’humour.

Ce qui ne l’a pas empêché de me serrer contre lui.

– Tu comprends ce que ressent Calvin, alors ? Ai-je demandé.

Je parlais de « Calvin et Hobbes », une de ses BD favorites. Il m’a souri, et m’a embrassée.

– Où tu étais ? Je t’ai cherchée partout !

– Dans ce coin d’ombre !

– Un vrai chat ! On dirait que ça va mieux, toi ! A-t-il constaté.

J’ai haussé les épaules. Que répondre à ça ? Rien, à part me sentir terriblement coupable.

– Tu veux faire quoi ce soir ? Ai-je demandé.

Il a haussé les épaules à son tour. Je connaissais la chanson, il était fatigué, il voulait se reposer au calme.

– Comme tu veux, pourquoi ? A-t-il répondu.

J’ai reçu le message. « Puisque tu vas mieux, je veux passer la soirée avec toi, quoi que tu décides ». Je lui ai souri.

– J’ai loué « le retour du Jedi ». On se colle devant la télé, on mange du saumon-fumé-tarama-toasts, et on arrose ça de Cordon Rouge 2002.

Il m’a regardée, un sourcil levé :

– On fête quoi ?

– Mmm !

J’ai réfléchi en mordillant ostensiblement mon index droit. Puis :

– J’ai découvert une petite place près de la sécurité sociale. Elle s’appelle la « place du verger », et c’est un vrai verger, dis donc ! J’ai compté quatre pommiers et trois cerisiers. Avec deux bancs pour en profiter, juste dessous. J’ai hâte d’être au printemps pour aller voir !

Paul et moi fêtions à peu près n’importe quoi. Nous adorions le champagne, et avions décidé de nous octroyer régulièrement l’occasion d’en boire. Il ne jurait que par le tarama, et moi par le saumon fumé. Nous trouvions ridicules tous ces couples qui attendaient d’avoir à fêter une date pour se fêter l’un l’autre. Notre jeu consistait donc à nous trouver des excuses aussi idiotes les unes que les autres pour déboucher nos plus délicieux champagnes. Il m’a souri, et a approuvé :

– Tu me diras quand, et je viendrai avec toi !

Je l’ai pris contre moi, et il a posé sa tête dans le creux de mon cou. Il faisait dix centimètres de plus que moi, il était plus petit que Matthieu et plus trapu aussi. Il avait une nervosité que n’affichent que les âmes sensibles. Une nervosité qui devenait volontiers brutalité quand il était en danger. Nous nous sommes bercés l’un l’autre quelques secondes. Il a embrassé ma tempe tendrement.

– Je t’aime, ai-je murmuré dans son cou.

– Je t’aime, m’a-t-il répondu en me regardant. Tu es belle ce soir, tu sais ?

Je lui ai souri, et je l’ai pris par la main :

– Viens t’asseoir !

Nous avons mis à exécution mon projet. Le choix du film était uniquement ciblé sur lui. Je ne le connaissais pas, et je ne l’ai pratiquement pas regardé. Il a passé la soirée à me commenter chaque scène, et je l’écoutais en souriant, calée contre lui. Je n’en avais cure. Mais il était heureux, et c’était l’essentiel. Nous avons fini notre dîner avec un sorbet à l’orange. C’était léger, et prémédité. Le film terminé, je l’ai pris par la main, et je l’ai emmené vers la chambre. Là, je l’ai poussé sur le lit, où il est tombé à la renverse. Il s’est calé sur ses coudes pour me regarder en souriant, moitié amusé-moitié intrigué. Je portais les dessous qu’il préférait. J’ai enlevé mon tee-shirt, et je l’ai regardé avec l’œil du tigre :

– Ce soir, je vais te montrer ce que c’est qu’une femme, une vraie, lui ai-je déclaré sur un ton passionné.

Il a ri en secouant la tête.

J’ai été à la fois son tortionnaire et son esclave consentante toute la fin de soirée.

Matthieu et moi nous sommes vus ainsi pendant un mois. Nous avions une drôle de relation puisque jamais nous n’étions allés plus loin que des baisers. Nous ne nous voyions qu’à l’extérieur, au restaurant et les samedis après-midi parfois pour un cinéma.

Il ne me disait plus « je t’aime ». Peut-être parce que je ne le lui disais pas non plus. Ce n’était pas très important, puisqu’il me le montrait, mais j’y pensais parfois avec un peu d’inquiétude.

Pendant les premiers jours, il m’a étudiée sous toutes les coutures, il regardait mon visage, ou ma main, ou mes pieds un jour où je m’étais déchaussée au parc. On aurait dit qu’il s’imprégnait de tous mes contours. Il a passé ainsi toute une séance de cinéma les yeux baissés vers ma main qu’il tenait, caressait et embrassait parfois. A la fin du film, alors que la lumière blessait encore mes yeux, je lui ai demandé en souriant :

– Ca t’a plu ?

Il m’a souri, a réfléchi une seconde, puis il a dit :

– Beaucoup. Mais je ne suis pas sûr que nous ayons vu le même film.

Notre relation quasi quotidienne tenait en un repas partagé le midi.

Matthieu avait pris quelques dispositions pour gérer le terrible manque qui nous consumait. Il s’était octroyé quelques demi-journées pour me voir à loisir. Il prenait désormais deux heures pour son déjeuner. Nous essayions de changer de restaurant afin de combattre une routine pesante. D’autant plus que je n’aimais pas manger au restaurant, pas de façon ordinaire. La seule alternative que nous avions était le pique-nique, ou le sandwich.

Ce midi de juin il m’a accueillie à côté de notre premier restaurant avec un sourire mystérieux.

– Qu’est-ce qui t’arrive ? Lui ai-je demandé après l’avoir embrassé.

– Je voudrais te montrer quelque chose. Viens, ne perdons pas de temps !

Il m’a emmenée trois pas plus loin, devant une porte particulière. Il a sorti un trousseau de clefs, a ouvert la porte et s’est effacé devant moi. Je suis entrée, hésitant à comprendre. Nous sommes montés au troisième étage grâce à un petit ascenseur, puis il m’a menée devant une porte peinte en vert, qu’il a ouverte, puisqu’il en avait aussi la clef.

C’était un appartement immensément vide. Il m’a laissée visiter à ma guise. Il y avait trois pièces : Une très grande juste après l’entrée, deux plus petites donnant toutes les deux sur une minuscule véranda verte juchée sur le fleuve, une respectable cuisine, une salle de bain et des toilettes séparées.

Dans la très grande pièce il y avait une table de salle à manger de belle taille, sans doute une douzaine de couverts, et deux chaises perdues tout à côté. Sur la table, plusieurs sacs en papier trônaient.

Je l’ai interrogé des yeux.

– Notre repas, a-t-il dit en montrant les sacs.

– Mais… C’est chez toi ici ?

– Ce n’est pas encore définitif, m’a-t-il expliqué les mains jointes, en s’approchant. Ecoute, j’en ai un peu marre du restaurant. Et ça fait un an que je projette de m’installer plus près du cabinet. Bien sûr, je n’aurais sans doute pas pris un appartement juste en face parce que j’aime faire une coupure par rapport au travail, mais avec toi près d’ici je n’avais pas vraiment le choix. Avant que tu ne dises quoi que ce soit je veux que tu saches que si ça te déplait pour une raison quelconque je peux encore changer d’avis. Mais en toute honnêteté je n’aimerais mieux pas. Je l’aime déjà beaucoup.

– Je te crois, ai-je répondu, on voit la rivière depuis les fenêtres des chambres.

– Oui, et j’habiterais juste en face de l’endroit où je t’ai embrassée pour la première fois.

Et il m’a fait un sourire inquiet en me prenant les mains.

– Dis-moi que ça te convient aussi ! A-t-il supplié doucement.

Dans mon fort intérieur je me suis demandé ce que je faisais là. Je n’étais pas dupe, je savais ce qui était en train de se passer. J’étais en train d’avoir un « chez nous » avec mon amant. Cette histoire était en train d’excéder l’espace que je lui avais imparti dans ma vie.

– Ça me plaît beaucoup ! Ai-je répondu, sans même balancer une seconde.

Il m’a serrée contre lui en disant «  Tant mieux ! Alors bienvenue chez moi ! »

Nous nous sommes ensuite attablés pour partager ce repas curieux d’un traiteur chinois. Nous avons picoré dans les mêmes barquettes en aluminium avec nos baguettes, moi assise sur ses genoux. A la fin du repas, il a remarqué qu’il aurait pu faire l’économie d’une chaise dans son pré-déménagement. De fait, en quarante minutes nous avions déjeuné, et nous étions pour la première fois absolument seuls.

Je ne me suis aperçue de la différence fondamentale que cela faisait qu’après avoir avalé la dernière bouchée. Les baguettes posées, le ventre repu, et la soif étanchée, nous avons partagé un silence embarrassé dont nous n’avions jamais encore goûté la teneur. Ce silence signifiait que rien ne viendrait interrompre nos ébats, et qu’il n’y avait plus rien pour les limiter aux règles strictes de la décence en société. Je me sentais presque piégée.

Quelques jours seulement après notre premier repas ensemble j’avais établi comme règle personnelle de ne pas aller chez lui, pour précisément éviter que cette situation ne se présente. Je m’étais toujours dérobée devant ses invitations, et je crois qu’il avait compris la raison de mes refus.

Ses bras m’entouraient, et il avait enfoui son visage dans le creux de mon cou.

– Matthieu, ai-je finalement murmuré…

– Ne dis rien, m’a-t-il coupée. Je sais, nous ne ferons que ce que tu veux, ni plus ni moins.

J’ai embrassé ses cheveux, et il a levé la tête pour recevoir mes autres baisers. Nous avons fini par nous allonger l’un contre l’autre à même la moquette pour échanger nos baisers plus confortablement. La seule expérience similaire que nous avions eue était notre première soirée, sur le banc.

Très vite la tension érotique est montée. Sa main sur mon sein gauche, il embrassait lentement mon cou. L’intimité que nous partagions devenait presque insupportable. Alors je me suis assise pour y mettre fin. Je ne sais pourquoi je me refusais à ses caresses. Je n’étais pas prête.

– Je peux me retenir, je te promets, a-t-il murmuré, sans bouger du sol. Il me regardait à travers ses cils, un sourire un peu triste aux lèvres. Allons, reviens près de moi, ceci est un nid, pas une garçonnière !

Il me tendait sa main, et convaincue, je l’ai prise pour l’enrouler autour de ma taille en me rallongeant. Dans mon mouvement, je l’ai attiré contre moi.

– Pourquoi tu fais ça ? Lui ai-je demandé. J’ai fait tout ce que j’ai pu pour te dégoûter de moi, et rien n’y fait.

– Je confirme, a-t-il répliqué, tu as fait tout ce qu’on pouvait faire.

– Matthieu ! Ai-je protesté.

Il a observé quelques instants de silence avant de me dire doucement :

– Est-ce que tu te souviens de la première fois que je t’ai vue dans mon cabinet ?

J’ai secoué la tête.

– Moi je m’en souviens… Tu avais ton long manteau gris. Et tu avais l’air ennuyée, mais surtout perdue. Tu sais que tu ferais fondre de l’acier trempé d’un seul regard ? Quand tu n’as pas confiance, tes yeux sont de vrais lasers.

– Qu’est-ce que tu racontes ! Ai-je répliqué rougissante. J’ai un regard on ne peut plus normal !

– Oh, moi ce que j’en dis ! J’ai eu l’impression que tu me transperçais. J’étais dans mes petits souliers. Je t’ai trouvée à la fois intimidante et magnifique… Je suis sûr que c’est à peine si tu m’as remarqué, toi… je me trompe ?

– J’étais inquiète, pas à l’aise. Alors je t’avoue que je n’ai pas fait attention à notre première rencontre… Ai-je admis.

– Eh, bien ! Je m’attendais à ce que ce soit comme ça tout le temps… Mais non ! Dès la première minute, malgré ton propre malaise, tu as tenu à me mettre à mon aise. Tu m’as parlé, sans entrer dans le verbiage. Et puis, tes pieds… Ils sentaient bon. J’ai adoré. J’ai compris que tu avais fait ce que tu pouvais pour que les choses se passent bien : docile, patiente. Parfaite. Et tout ça en restant très à l’aise. La preuve, tu avais les jambes aussi poilues qu’un ours !

– Merci ! Ai-je répliqué, acide. Evidemment que je ne me rase pas l’hiver, puisque je mets un jean tous les jours !

– J’avais compris ! S’est-il exclamé. Mais ça m’a prouvé que tu avais fait très exactement ce que tu voulais. Sans te soucier de ce que penseraient les autres, en l’occurrence moi. Mais dans ce que tu voulais il y avait le souci de ne pas me mettre mal à l’aise. Et ça m’a fait plaisir que tu aies pensé à moi sans me connaître. Dès le départ, tu t’es rendue inoubliable. Vraiment ! Tu es adorable. Ça te vient très naturellement, tu es empathique, et très attentionnée. Et ce n’est ni par faiblesse, ni par lâcheté. Tu as un tempérament bien trempé, comme tu me l’as si bien prouvé ensuite… !

Au rappel de ce souvenir, j’ai rougi, embarrassée et peinée. Un jour il m’avait poussée jusqu’à mes limites physiques. J’avais suivi ses directives en lui faisant remarquer cependant que ma cheville commençait à être douloureuse. Il n’en avait pas tenu compte, arguant que j’étais là précisément pour la remuscler. Ce soir là, comme tous les soirs depuis ma fracture, je m’étais massée et examinée avec attention. Mon articulation était gonflée.

J’étais furieuse. Après ma fracture j’avais mis presque un mois à réduire le gonflement initial de mon pied. J’ai eu l’impression d’avoir fait reculer ma convalescence. En plus de mon ressentiment dû à la dureté de son traitement, je lui en avais voulu d’avoir fragilisé mon pied. J’avais besoin de mes pieds pour danser, un retard dans ma rééducation signifiait un retard dans mon retour sur scène.

Le surlendemain je ne lui avais pas adressé la parole, sauf pendant les exercices. A l’annonce de ce qu’il attendait de moi, je lui avais simplement répondu que je n’avais pas l’intention de faire tout ce qu’il me demanderait de faire. J’avais ensuite arrêté les exercices dès les premiers signes de fatigue de ma cheville, de mon propre chef, sans lui demander son avis.

Mon silence et mon comportement l’avaient mis au supplice.

– Je suis désolée ! Me suis-je exclamée. Vraiment Matthieu, je suis désolée. Je n’aurais jamais dû te faire ça. Je m’en suis beaucoup voulu, tu sais ?

– Oui, je suppose que tu ne t’en es voulu que quand tu n’as plus eu mal ?

J’ai souri sans répondre.

– Tu as eu raison de poser tes limites, a-t-il expliqué. La rééducation se fait à deux. Si l’un des deux va trop vite, ça ne peut pas marcher. Et puis, je ne me pardonne pas non plus de t’avoir trop poussée.

– Comme tu le dis si bien, la douleur aussitôt partie, j’ai tout oublié ! L’ai-je rassuré.

– Au premier regard tu m’as happé. Ça a été aussi soudain et brutal que ça. Tu vas peut être m’en vouloir, mais je ne t’ai pas trouvé extraordinairement belle la première fois. Déroutante, charismatique, fascinante, oui. Ensuite en te connaissant mieux j’ai compris que tu étais plus douce que tu ne le paraissais au premier regard. Le reste est venu après. A chaque conversation, je te trouvais plus aimable : ton incroyable joie de vivre, ta franchise, la simplicité avec laquelle tu fais et dis les choses, ton attitude que je trouve très saine face à la vie. Au début c’est très étrange, tu as l’air très soixante-huitarde. Mais je me rends compte que toutes tes qualités simplifient notre relation. J’aime beaucoup ton côté démonstratif. Plus je te voyais et plus tu étais jolie à mes yeux. Tu as un merveilleux sourire qu’on rêverait de ne jamais voir s’éteindre… Plus nous parlions, et plus je m’attachais… Je n’ai pas l’impression d’avoir été séduit. Tout a coulé de source. J’ai l’impression de faire ce qui doit être fait, simplement. Il est évident pour moi que je dois être là, avec toi, et que tu dois être ici, dans ma vie. C’est ta place… notre place. Et te connaissant mieux, je me dis que s’il y a bien une personne qui peut comprendre ce sentiment, c’est bien toi.

Il avait raison. J’avais déjà ressenti la même chose… pour Paul.

Pendant mes années d’adolescence, bercée de romans d’amour, j’avais imaginé l’homme qui à mes yeux se rapprocherait de la perfection. Les caractéristiques physiques ne comptaient pas, je voulais une espèce de perfection morale et psychologique, une grande dévotion, une attention permanente, un amour sans faille. Je voulais qu’il soit doux, et patient au possible. Quand j’avais rencontré Paul, j’étais passée entre d’autres bras, des bras si décevants que j’en avais renoncé au mythe du prince charmant. Je m’étais décidée à adopter et aimer un pis aller. Et Paul était arrivé. Avec son authenticité, ses actes et ses paroles extraordinaires qu’il m’offrait le plus naturellement du monde, sans même soupçonner l’inestimable valeur que tout cela avait à mes yeux. La perfection, ni plus ni moins. J’avais trouvé en lui un idéal, en mieux. Et jamais je n’avais eu de façon si immédiate la conviction de pouvoir mettre entre les mains d’un inconnu une confiance totale. La lumière aveuglante de l’évidence.

Et c’est à ce moment là que j’ai songé curieusement que même si Matthieu ne correspondait pas à mon prince charmant, il ne m’avait heurtée à aucun moment.  Notre histoire se déroulait avec la logique d’un raisonnement sans faille, chaque pas en amenant un autre, sans que jamais il ne m’ait forcée. Comme là. J’étais dans ses bras, dans cet appartement, et il n’exigeait rien. Il m’offrait sa vie et son amour, et il attendait que je vienne vers lui. Dans la relation qui nous liait l’un à l’autre, il était en avance sur moi, et à chaque pas il m’attendait patiemment. J’ai réalisé qu’à sa façon il était aussi un idéal masculin pour moi.

Matthieu continuait :

– Et un jour, quand tu as parlé de ton mari, j’ai compris ce qui m’arrivait.

(à suivre…)

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