livre-v, e-book: Matthieu et Paul – partie I

je vais partager avec vous la moitié de l’un de mes livres. ça parle d’un peu tout ce dont on a déjà parlé ici, et en plus je saurai ce que vous en pensez. j’en mettrai 6 pages tous les mardis soir à 20h. je vous souhaite une excellente lecture, que vous pourrez retrouver dans la catégorie « Matthieu et Paul », le titre de mon livre, si vous voulez tout lire d’une traite.

bonne lecture!

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« la vie d’une autre », film de sylvie testud avec juliette binoche et mathieu kassovitz.

MES DÉMONS DE MIDI

Matthieu et Paul

CHAPITRE I

Matthieu

La place du port fluvial clôturée de façades chamarrées était plongée dans la pénombre. Les lampadaires diffusaient leurs cercles de lumière sur les terrasses de bars et de restaurants, vides à cette heure. Une seule rue traversait la place de part en part, passant sous un porche au-dessus duquel trônait un clocher et une horloge. C’est sous cette arche que je devais l’attendre.

Il n’était pas à l’heure, et pendant les 20 minutes où j’ai patienté, je me suis demandé constamment ce que je faisais là. La peur se mêlait en moi à la culpabilité, me faisant m’extasier devant ma propre audace. Chaque seconde je me disais que je devais rentrer, et à chaque fois je me ravisais. Je ne me suis pas demandé une seule seconde s’il viendrait. Je savais, je sentais que seul un empêchement le poussait à me laisser l’attendre. Finalement, une grande silhouette s’est dessinée au coin de la rue, et il a été devant moi avant que je ne le reconnaisse. C’est vrai que je le voyais sans sa blouse pour la première fois. J’ai été grisée pendant une seconde en pensant qu’il était bien là pour moi seule. J’ai regardé en rougissant un peu, son grand corps dégingandé, son visage long, son nez aquilin, et ses yeux bruns en fente sous la casaque courte de ses cheveux noirs. C’est sous ces yeux anxieux que mon soulagement s’est mêlé à une soudaine angoisse. Je lui ai fait un sourire contraint, et j’ai pris la direction des étangs.

– Désolé du retard, a-t-il commencé.

– Ce n’est rien, l’ai-je coupé sans me retourner.

– Où va-t-on ? A-t-il demandé.

– Par là, ai-je dit, évasive.

– Et qu’est-ce que c’est ? A-t-il interrogé encore en désignant mon énorme panier.

– La formule secrète pour avoir quelques heures de tranquillité.

Je me suis arrêtée et je l’ai regardé :

– Ne vous inquiétez pas, je ne vous mène pas à un coupe-gorge. Ce sera une bonne surprise, croyez-moi.

J’ai attendu de lire un assentiment dans ses yeux pour repartir. Au milieu du pont qui traverse l’Oise, j’ai sorti ma lampe de poche car on n’y voyait déjà plus rien. La présence de l’eau se lisait partout, jusque dans cette froidure toute particulière qui monte à la tombée du jour. Au moment de quitter la route, je l’ai laissé approcher et je l’ai averti :

– Restez près de moi, on n’y voit rien. Attendez que j’éclaire vos pas.

Le parc était un énorme trou noir. A la tombée de la nuit, toutes les grilles étaient fermées, et pour accéder au banc dont je rêvais, il nous fallait couper à travers 30 mètres de bois à la faveur d’une lampe torche.

– Vous êtes sûre de vous ? M’a-t-il demandé avec un filet d’inquiétude dans la voix.

– Cette partie du parc est ouverte même la nuit, rien ne nous interdit d’être ici. Et à cette heure, je suis sûre qu’il n’y aura personne, ou ce sera un solitaire. Ici, nous ne serons pas dérangés. Allons, je viens tout le temps, je connais le chemin, je ne vous perdrai pas !

Le chemin, de fait, était tout tracé. Il suffisait de rejoindre une allée de béton, puis d’aller droit au bord du lac le plus proche. Cela nous a quand même pris 10 minutes. Et je sentais son inquiétude grandir. Finalement après une petite descente, l’allée bordée de cerisiers nous a menés à mon but. Sous les arbres, on voyait briller la lune sur la surface calme du lac : Elle était belle, et jouait à cache-cache avec son propre reflet derrière les nuages. L’étendue d’eau se perdait dans l’obscurité, laissant une impression oppressante de vertige aveugle.

Le silence angoissant ne laissait entendre que le bruissement des feuilles sur les arbres, et le clapotis de l’eau. J’ai posé le panier sur le banc, et je me suis tournée vers lui :

– Nous sommes arrivés. Attendez, je nous prépare une place au chaud.

Il devait regretter de m’avoir suivie. Avril était avancé, mais il faisait encore très froid. Le climat perturbé cette année n’avait cessé de nous faire subir froidures après chaleurs. J’ai sorti du panier son hôte le plus encombrant, une couette de deux mètres sur deux que j’ai posée sur le banc. J’ai ensuite déniché cinq bougies flottantes que j’ai allumées. Les poser sur la surface miroitante du lac n’a pas été facile, il m’a fallu escalader les grosses pierres qui le bordaient sous le regard éberlué de Matthieu. Puis, je me suis assise au milieu de la couette, et j’ai tapoté la place à côté de moi :

– Venez, ou vous allez mourir de froid dans dix minutes.

Il a hésité une seconde, puis il est venu s’asseoir tout près de moi. Je me suis collée contre lui et j’ai rabattu la couette sur nos jambes et la moitié de nos troncs. J’ai ensuite pris les derniers locataires du panier : Des sandwichs que j’avais faits moi-même avant de venir, un thermos contenant du thé et une bouteille d’eau.

– Tenez, lui ai-je dit, en lui tendant le repas le plus volumineux. Vous m’avez dit que vous vouliez me parler, si possible ce soir, et pourquoi pas en dînant. Alors voilà, on peut parler ici, voici le repas, personne ne viendra nous déranger ici.

Il m’a semblé qu’il n’appréciait pas mon repas organisé. Il regardait son sandwich et puis il regardait autour de lui, comme s’il s’attendait à ce que quelque chose de terrible arrive.

– Matthieu ?

– Oui ?

– Regardez, les bougies sont loin à présent, la brise les a poussées au milieu du lac. La nuit est superbe, et mes sandwichs ont la réputation d’être délicieux. Bien sûr, ce n’est pas le Ritz, mais je préfère mille fois être là. Vous êtes inquiet ?

Il a hoché la tête :

– Et pas vous ? Vous ne trouvez pas ce silence angoissant ?

J’ai souri.

– Si. Mais j’adore.

Il a ouvert l’emballage de son sandwich, et moi aussi. Pendant quelques minutes, on a mangé, et il a joué à reconnaître les ingrédients de son repas. Après s’être sustentés je nous ai servi un gobelet de thé chaud, et je me suis immiscée entre son épaule et le banc pour me détendre. J’ai compris à la crispation de son corps qu’il venait de prendre conscience de notre proximité. Je n’ai pas voulu que la gêne s’installe, alors je me suis glissée sous son bras pour me caler contre lui.

– Je ne vous gêne pas comme ça ? Lui ai-je demandé.

– Non ! A-t-il répondu, en tentant de cacher qu’il en avait eu le souffle coupé. Je sentais battre son cœur, et il battait très vite.

– Alors, ai-je murmuré, de quoi vouliez-vous me parler ?

Il n’a pas répondu. Au lieu de ça, il a calmement posé son gobelet de thé chaud sur le sol, puis il est revenu contre moi. Son bras s’est refermé autour de mes épaules, et l’autre est venu compléter le cercle, m’étreignant contre lui. J’ai juste senti son souffle chaud dans mes cheveux avant que ses lèvres ne se posent. Alors moi aussi je l’ai enlacé, et j’ai embrassé sa poitrine appuyée contre ma joue, là où battait son cœur. Il a continué à embrasser mes cheveux, et à les caresser pendant de longues minutes. Malgré ma curiosité, mon impatience, et ma peur, j’ai choisi de le laisser briser le silence. Il avait demandé à avoir cette entrevue, c’était à lui de la mener à sa guise. Je n’attendais plus sa confession quand il a murmuré dans mes cheveux d’une voix tendue :

– Je n’arrive pas à vous laisser partir.

J’ai fermé les yeux en attendant que mon cœur reprenne un rythme normal. Il a continué :

– Je sais que vous êtes mariée. Et vous avez l’air heureuse. Mais je n’arrête pas de penser à vous. Il n’y a pas eu une seconde où je n’ai pas pensé à vous ces deux derniers mois. Dans cinq jours c’est notre dernier rendez-vous, et si je ne fais rien, je ne vous reverrai probablement jamais… Je ne peux pas espérer vous revoir, parce que ça voudrait dire qu’il vous serait arrivé du mal.

Je le serrais très fort contre moi, et il me le rendait bien.

– Je vous aime.

Ce n’était pourtant qu’un murmure, mais ses mots ont explosé dans ma tête et dans mon cœur comme un coup de feu. Puis, il m’a à nouveau embrassé les cheveux. Il n’insistait pas, ne cherchait pas les lèvres que je ne lui présentais pas. Il a posé sa joue sur ma tête, et m’a dit après deux minutes de silence :

– J’ai du mal à croire que je vous tiens dans mes bras.

J’étais bien contre lui, mais la position n’était pas très confortable. Je me suis mise à m’agiter, alors il a relâché son étreinte. Il n’y avait qu’un moyen d’être agréablement installée contre un homme si grand. J’ai glissé mes jambes sur les siennes et je me suis presque hissée sur ses genoux. Blottie ainsi dans le creux de son épaule, j’aurais pu m’endormir. Il m’a regardée poser ma tête plus près de la sienne, dans la courbe de son cou, et j’ai vu son visage approcher, hésiter… puis il a posé un baiser sur mon front, mon nez. Je lui ai offert ma bouche en entourant son cou de mes bras. Ses lèvres étaient chaudes, suaves, et il mettait tant de tendresse dans ses baisers que les larmes me sont montées aux yeux.

– Je vous aime, a-t-il encore murmuré entre deux baisers.

On s’est embrassé pendant de longues minutes en silence. A force de se serrer l’un contre l’autre, il avait tout naturellement atterri sur moi, allongés sous la couette.

– Vous ne dites rien, m’a-t-il fait remarquer enfin.

Je l’ai repoussé pour reprendre mon souffle. Le banc était inconfortable, et trop petit pour deux. Nous nous sommes rassis, et je lui ai avoué la mort dans l’âme :

– J’ai beaucoup pensé à vous aussi. Je mentirais si je disais que je ne ressens rien pour vous. Mais, je crois que nous… ne devrions pas aller plus loin.

Je crois qu’il a arrêté de respirer. Puis il a soufflé :

– Je ne vous demande pas de tout abandonner pour me suivre. Je ne suis pas fou, je me rends bien compte que la situation est compliquée et que vous avez des engagements. Je voudrais seulement que l’on se voie, en dehors du cabinet, en dehors de toute relation de soignant à patiente. J’ai envie de passer plus de temps avec vous, j’aimerais aller au cinéma avec vous, je sais déjà que nous avons les mêmes goûts.

J’ai secoué la tête.

– Et après ? Que se passera-t-il si nous nous attachons l’un à l’autre ? Matthieu, je ne veux pas quitter mon mari. Si nous nous revoyons, le risque serait trop grand d’en arriver là.

– Je ne vous demanderai pas de le quitter ! M’a-t-il coupée. Je serai l’amant, je serai discret, et j’accepte d’avance la clandestinité. Ne changez rien, ajoutez seulement de temps en temps mon nom dans votre emploi du temps.

– Matthieu, je ne peux pas vous faire ça… Je ne peux pas. Vous méritez une femme qui vous aime, vous méritez qu’elle vous soit fidèle. Vous méritez de ne pas passer après le bonheur d’un autre… Je refuse de vous faire ça. Je refuse de me faire ça et de le faire à mon mari. Vraiment, nous devrions cesser de nous voir ! Je ne crois pas que je serais sage de venir mardi. Annulez ce rendez-vous, définitivement !

Je m’étais recroquevillée. Je ne voulais plus qu’il me touche à présent. Il a inspiré douloureusement en fermant les yeux, mais il a répondu calmement :

– Comme vous voudrez. Je m’attendais un peu à cette réponse. A vrai dire, je devais prendre ce risque, c’était le seul moyen d’avoir une chance de vous entendre dire « oui ». Votre mari a beaucoup de chance… Je l’envie.

Nous nous sommes regardés dans cette étrange situation : encore enveloppés de la même couette, et pourtant éloignés par un monde de trente centimètres, et évitant à présent tout contact.

– Je ferais mieux de m’en aller, a-t-il murmuré.

Il n’a pas bougé pourtant, il continuait de me regarder d’un air préoccupé, puis il s’est levé, a hésité, et s’est rassis.

– Je préfère vous raccompagner, au moins jusqu’aux premières maisons, je ne veux pas vous laisser seule ici… Vous venez ?

J’ai acquiescé, et j’ai rempli le panier des restes désastreux de notre pique-nique. Au loin, j’ai vu scintiller les bougies flottantes. Je fulminais intérieurement contre moi-même. Comment avais-je pu être assez stupide pour laisser les choses en arriver là, pourquoi avoir laissé le premier baiser venir ? Je savais pourtant très bien que nous allions en plein dans un mur. Il me regardait faire, deux pas plus loin, d’un air pensif. Je l’ai rejoint lampe de poche à la main, et nous avons fait le chemin en sens inverse. Après tout juste une dizaine de pas, je n’en pouvais plus :

– Matthieu, je suis désolée ! Je vous en prie, ne m’en veuillez pas ! Je n’aurais pas dû accepter vos baisers… Mais je suis humaine, et pas toujours très sage. Et puis vous m’attirez. Je voulais seulement que l’on passe une bonne soirée, et cette occasion était parfaite pour parler. J’avais aussi besoin que vous de parler. Mais le contrôle des choses m’a échappé. Dites-moi que vous ne m’en voulez pas ?

– Je ne vous en veux pas, m’a-t-il répondu très calmement. Si nous n’avions pas échangé ces baisers, je serais passé à côté d’un merveilleux voyage.

Ses yeux étaient plissés, il riait intérieurement. Il se moquait de moi.

– Quoi ? Ai-je demandé, mi-curieuse et mi-vexée.

– Je me demande comment vous pouvez imaginer que cela m’ait déplu.

– Vous déformez tout ! Je ne m’excusais pas de vous embrasser, mais de vous repousser ensuite !

Les mots étaient venus seuls, et je ne me suis rendue compte de ma maladresse qu’en voyant son regard s’assombrir.

– Allons, avançons un peu, où nous allons coucher là, a-t-il seulement répondu en s’éloignant. Je l’ai retenu par le bras :

– Matthieu ?

– Ce n’est rien, a-t-il dit en refermant son autre main sur la mienne, venez !

Ma main au chaud, au creux de son bras gauche, et recouverte de sa main droite, j’ai marché avec lui jusqu’au bois. Mon esprit ne quittait pas ce contact délicieux, et je tremblais un peu. Au milieu de la végétation, il s’est arrêté, et s’est tourné vers moi. Sans rien dire, après une hésitation, nous nous sommes enlacés, et embrassés. Puis il m’a dit :

– Je suis prêt à tout tenter pour que ça marche. Vous ne vous rendez pas compte du supplice que je vis. Je compte les secondes qui me séparent de votre prochaine visite. Je ne vous quitte pas un instant en pensée, et je n’ai de soulagement que lorsque vous êtes là, enfin. Dites-moi que vous ne m’aimez pas, et je me résignerai. Dites-le moi !

Je n’ai pas pu. D’abord parce que j’étais bouleversée, et ensuite parce que je l’aimais déjà trop pour pouvoir lui mentir si fort en lui disant le contraire. Alors, je n’ai rien dit. Il a caressé ma joue, puis embrassée, des dizaines de fois, partout sur le visage. Chaque baiser faisait bondir mon cœur et allumait des étincelles de plaisir sur ma peau.

– Laissez-moi vous revoir, a-t-il murmuré enfin.

– Non, ai-je dit fermement.

Il s’est tu un instant, comme pour mesurer ma conviction, deviner ma volonté. Puis il a dit :

– Je vous attendrai demain, sous l’arche, comme vous ce soir, à la même heure.

Il ne m’a pas laissée répondre et a passé sa main autour de mes épaules, puis nous avons marché jusqu’aux premières lueurs des fenêtres de la ville. A la seconde où j’ai éteint la lampe, il m’a lâchée. Nous avons fait quelques pas en restant loin l’un de l’autre, et en atteignant l’arche, il m’a souhaité une bonne nuit, et s’est éloigné rapidement. Je l’ai regardé disparaître au coin de la rue, et je suis rentrée, à la fois surexcitée  très déprimée.

Tout allait bien entre Paul et moi. Même après ces événements, je n’ai rien trouvé à redire à ma relation avec mon mari. Il était le meilleur homme du monde, et nous avions totalement confiance l’un dans l’autre. Je l’aimais, d’amour et d’amitié aussi. Je ne comprenais pas ce qui brusquement me poussait dans les bras d’un autre homme. Je ne comprenais pas pourquoi j’avais pris un tel risque.

Mais Matthieu ne quittait plus mes pensées. Je refusais toujours de mettre en danger mon mariage, seulement je commençais à réaliser que je m’étais attachée à lui. Avais-je le cœur assez grand pour aimer deux hommes en même temps ? Et quand bien même, en avais-je le droit ?

J’ai décidé de l’oublier. Au moins d’essayer. Mais je me sentais exaltée quand je pensais à lui, ensuite je n’avais plus qu’une envie, m’alanguir et de préférence contre lui. Il me manquait, comme si j’avais vécu avec lui, et que tout d’un coup nous avions été séparés. La certitude de n’avoir qu’à aller au port le lendemain pour le revoir m’a été insupportable. Mais je n’y suis pas allée. J’ai alors passé des journées difficiles, où la douceur des souvenirs alternait avec la brûlure du sevrage.

Je ne suis retournée près de l’arche qu’une semaine plus tard. Entre-temps, j’avais escamoté mon dernier rendez-vous de rééducation avec lui. Finalement, persuadée d’avoir remporté la partie, j’ai pris prétexte d’aller boire un chocolat au port pour revoir les lieux de mon crime. J’espérais que cette place donnerait de la consistance aux souvenirs, et changerait la douleur en nostalgie.

Je me suis assise à la terrasse du vieux café anglais, et mon chocolat avait à peine eu le temps d’arriver à ma table qu’en levant les yeux vers l’arche, je l’ai vu. Il était appuyé au mur du bar qui tenait lieu de pied à l’arche. Et il me regardait. J’ai cru que c’était un tour de mon imagination. Mais j’avais beau cligner des yeux, il restait là.

Après avoir eu tout le mal du monde à boire mon chocolat de mes mains tremblantes, j’ai décidé de partir très vite. Mais alors que je lui adressais ce que je considérais comme un dernier regard, il m’a tourné le dos, a fait quelques pas en direction du pont, puis il a vérifié que je l’avais vu avant de disparaître. Je suis restée là, abasourdie. J’ai hésité quelques secondes, puis je me suis élancée à sa poursuite. J’avais beau me dire à chaque pas que je devais faire demi-tour, je m’arrêtais puis repartais car mon élan ne faiblissait pas.

Il n’était pas allé loin. Il m’attendait sur le pont, à la limite des lumières de la ville. J’ai cessé de courir, et je me suis approchée en hésitant. Il n’a pas eu la même réserve, dès que j’ai été à portée de ses bras il m’y a enfermée, le nez niché au creux de mon cou. J’ai senti ses lèvres se poser sur ma peau, il m’embrassait tendrement.

– Te voilà enfin ! A-t-il murmuré dans mes cheveux, provoquant des frissons dans toute ma colonne vertébrale.

Mes défenses si soigneusement bâties se sont écroulées en une seconde. Je me suis plaquée contre lui, comme si je cherchais à m’incruster dans sa chair. Quand je me suis dégagée de son étreinte, il m’a regardée tendrement en caressant mes cheveux, puis il m’a dit :

– Je suis venu tous les soirs, au cas où… On dirait que c’était une bonne idée. Viens, allons marcher un peu !

Son bras autour de mes épaules, nous nous sommes promenés sans rien dire. J’étais perdue. Les choses étaient encore arrivées avant que leurs possibles conséquences ne soient analysées par mon cerveau. Et maintenant que celui-ci s’était remis à fonctionner, je balançais entre la peur et la tentation. Que faisais-je là ? Et pas d’excuse stupide ! Ce n’était pas une balade entre copains.

Soudain, il s’est arrêté. Je l’ai regardé, interrogative. Avant même que ses lèvres n’approchent les miennes, j’ai vu ce qu’il voulait dans ses sombres prunelles. Mon moi raisonnable a hurlé « ne fais pas ça ! », mais j’ai juste fermé les yeux. Inutile de résister, j’en avais trop envie. Je lui ai rendu son baiser, sans aucune retenue. Puisque je succombais, je décidais de rendre cela agréable.

Puis nous sommes repartis. De temps en temps, il s’arrêtait pour m’embrasser, ensuite nous reprenions notre tranquille promenade. Au bout d’une heure environ, je lui ai dit que je devais rentrer, et nous avons fait demi-tour. Nous n’étions pas allés loin, car nous avions parcouru un arc de cercle, si bien que très vite nous avons à nouveau été près du port. Il a ralenti en arrivant, et son bras m’a serrée très fort avant notre dernier arrêt. Il s’est tourné vers moi, m’a souri, et m’a donné un baiser doux, long, exigeant, commandant une réponse.

– Vous voilà presque chez vous madame, a-t-il murmuré alors.

Je ne disais rien, alors il a posé la terrible question :

– Quand puis-je te revoir ?

(à suivre…)

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