nos repères moraux sont-ils bons?

situation:

moi et mon chéri affalés gentiment devant « buffy contre les vampires » saison 8, saison où elle réssucite, et entre autres « sorties de route » couche avec spike.

pendant tous les épisodes (aussi bien ceux qui précèdent que ceux qui sont concommitants à la consommation physique de leur relation), je suis d’abord mal à l’aise, puis carrément en colère contre buffy. ce sentiment me gêne, et je finis par me souvenir que la première fois que j’avais vu cette série – il y a 15 ans – je ne ressentais pas ça du tout. au contraire. buffy m’avait fait pitié, il y avait même un brin de dégoût pour ses actions: vous vous rendez compte? coucher avec spike? la pire engence qui soit?

alors pourquoi mes sentiments ont-ils changé?

ce qu’on nous montre c’est une fille « bien » qui se salit avec un mec « pas bien ». spike a beau lui parler, lui expliquer qu’il l’aime avec sincérité (et c’est la vérité, d’ailleurs il va donner sa vie pour elle) elle ne veut rien entendre. elle ne VEUT rien entendre. c’est un démon, une chose, un être indigne d’attention, d’intérêt, alors pensez-vous, de l’amour? faut pas rêver! ce n’est pas quelqu’un de bien, donc elle ne peut pas, ne doit pas ressentir le moindre trésaillement d’intérêt pour lui.

le problème étant que buffy éprouve de l’intérêt pour spike. de l’amour peut-être pas, mais une attirance physique évidente, et de l’affection, c’est sûr, du respect et de la confiance aussi puisqu’elle n’hésite pas à lui confier sa soeur, dawn.

il en résulte un véritable déchirement, une danse dramatique, un « je t’aime, moi non plus » digne des scénarii cornéliens pure souche, où buffy se hait et s’autodétruit parce qu’elle n’arrive pas à contrôler ses sentiments, et où spike est littéralement sacrifié, torturé même, sur l’autel des principes moraux de la femme qu’il aime.

pourtant… il l’aime, il la veut. elle ne l’aime peut-être pas, mais elle le veut aussi. la seule chose qui l’empêche d’accepter cette vérité simple, c’est le regard des autres. la pression sociale (son petit groupe d’amis qui ne respecte pas spike) et ses principes moraux (une humaine ne DOIT pas s’amouracher d’un vampire).

ça ne vous rappelle rien? vraiment? pas de comparaison possible avec le libertinage? avec le fait de sortir avec une personne mariée? le fait d’accepter une relation d’amant? de renoncer au rêve sacro-saint du mariage avec enfant-maison-voiture-labrador, pour accepter une relation simple, sans projet défini, ayant pour seul et unique but le contentement présent des partenaires, sans engagement?

spike n’est pas méchant, au contraire, à plusieurs reprises on va pouvoir constater qu’il s’est allié à la bande de la tueuse, et il va les aider plus d’une fois sans autre but que de les aider. au dernier épisode il donnera sa vie pour que buffy puisse sauver la sienne. est-ce vraiment ça un démon? est-ce vraiment le comportement d’une personne qui n’aime pas avec sincérité?

peut-on VRAIMENT croire que buffy est dupe des sentiments de spike? a-t-elle le moindre doute sur ses intentions? a-t-elle seulement peur de se tromper?

non. elle ne se pose même pas la question. les choses doivent se passer ainsi et pas autrement, parce que la morale et le regard de ses amis vont dans ce sens. tant pis si elle souffre, tant pis si elle n’arrive pas à être seule avec spike deux secondes sans avoir envie de le consommer, tant pis si à chaque fois elle en ressent un profond dégoût, une énorme déception envers elle-même! tant pis si cette situation la déchire littéralement. tant pis si elle est malheureuse à s’en fendre l’âme.

elle fait ce qu’on attend d’elle, alors tout va bien.

la dernière fois que j’ai trompé mon petit ami (c’était bien avant le libertinage) c’est exactement ce que j’avais ressenti. j’étais en couple, mon amant l’avait accepté et il m’avait généreusement et gentiment proposé de ne prendre aucune place dans ma vie. j’étais mal à l’aise, en porte-à-faux avec mes principes moraux, mais j’ai cédé quand même parce que, comme buffy, je ne pouvais pas être 5 minutes seule avec lui sans lui sauter dessus. à l’époque je ne me savais pas poly-amoureuse et libertine. à l’époque je me pensais normale, et je m’efforçais de le rester.

j’ai bien morflé. ça pour sûr, je l’ai payé cher. j’ai souffert, j’ai fait souffrir atrocement mon amant, et mon petit ami de l’époque. et je vous parie que c’est ce que ressentent au moins la moitié des infidèles de ce monde.

aujourd’hui je suis libertine, et j’ai compris ma nature poly-amoureuse. si cette situation devait se présenter à nouveau, loin d’être dramatique ce serait une réelle bénédiction pour moi. j’aimerais trouver un homme pour lequel je ressente une attirance à ce point violente, et prêt à accepter une relation sans projet, à cette époque où on ne vous accorde rien si vous ne payez pas d’abord, au moins sous forme de contrat!!!

j’ai tellement changé! pas étonnant que cette histoire buffy-spike me bouleverse et me mette en colère! je suis passée par là, et je SAIS que c’est une erreur. je sais pourquoi. je sais que toute cette souffrance est inutile. et ça me rend malade que la quasi totalité de la terre soit incapable de le voir, de le comprendre, comme buffy.

questions: êtes-vous vraiment si sûr que nos repères moraux soient bons? à quoi ils servent, en fait, s’ils rendent les gens à ce point malheureux? avez-vous déjà ne serait-ce qu’envisagé de regarder ce qui se passe à côté du chemin qu’on vous indique? avez-vous déjà pris conscience de l’immensité du monde et de l’infinie variété des êtres qui l’habitent? avez-vous déjà compris que vous êtes unique, et envisagé que vous puissiez être différent, et avoir des besoins différents?

alors pourquoi appliquer les mêmes règles à tout le monde?

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3 réflexions sur “nos repères moraux sont-ils bons?

  1. hier j’ai revu les épisodes qui suivent la rupture buffy-spike. donc elle affirme qu’elle ne l’aime pas, mais pète un cable quand il couche avec une autre (ania). tout ça est bien évidemment d’une grande logique! je suis sûre qu’il y en a beaucoup qui se reconnaîtront dans ce schéma, et qui trouveront mille excuses pour expliquer cette réaction.

    mais moi, je vous dis que quand on n’aime pas, on s’en fout que l’autre aime ailleurs, ou couche ailleurs. quand on libertine, qu’on prend du recul avec l’exclusivité sexuelle, on devient très lucide. la possessivité n’explique qu’un léger déplaisir, la perte de son pouvoir sur une personne, voilà tout.

    buffy aimait spike malgré elle, et en dépit du bon sens. mais l’amour est toujours ainsi, n’est-ce pas?

  2. Plus je te lis, plus je deviens accroc à tes écrits qui décrivent à merveille ce que je ressens et celle que je suis.

    Cette dualité que tu évoques sur le dégoût de soi_même imposé par ceux que Brassens nomme les croquants est parfois lourde à supporter, mais je l’ai faite mienne.

    J’assume ne pas pouvoir être la femme d’un seul homme, même s’il est plus simple, conventionnel d’en avoir qu’un.

    Et je rêve d’un compagnon qui puisse m’accepter telle que je suis, libertine et malgré tout fidèle en amour.

    Continue d’écrire, tu me fais un bien fou.

  3. sois la bienvenue aénora! ^^

    il m’a fallu quelques années (4 ans environ) pour prendre du recul avec ce que pensent les autres. quelques « amis bien pensants » que j’avais à l’époque ont pris plaisir à bien retourner le couteau dans la plaie, en me faisant bien comprendre que j’étais une salope, dont un qui me l’a dit en face. (j’ai du mal à comprendre la propension qu’ont les gens à s’occuper de ce qui ne les regarde pas.)

    ça m’a permis de comprendre pas mal de choses. d’une que je ne savais pas choisir mes amis; de deux que ma définition de la salope n’était pas la même que celle des autres, ou alors une salope était une bonne personne. j’ai changé d’amis, et j’ai décidé de prendre « salope » pour nouveau compliment.

    il m’a fallu 4 ans pour m’imprégner de cette réalité. c’est à partir de là que j’ai appris à prendre du recul avec la morale bien pensante, et avec la pression sociale. c’est là que j’ai compris que peut-être que ce que je veux n’est pas ce que veulent les autres.

    au début j’ai fait mien le dégoût de moi que m’imposaient les autres en adoptant le mot salope comme un compliment. j’ai accepté cette vision négative qu’ils me renvoyaient de moi-même. ensuite je l’ai rejetée. je ne suis pas comme ils me voient. ils sont libres de me voir comme ça leur convient, mais je suis libre aussi, et mon avis prime sur le leur. puisque c’est ma vie.

    ça fait des années que c’est arrivé maintenant, et quand je vois ce que je suis devenue et ce qu’ils sont devenus, eux, les grands juges devant l’éternel, je me dis que je ne me suis pas trompée de voie.

    quand on assume qui on est on gagne deux choses:
    la première est que les autres perdent le pouvoir de nous influencer. leur parole glisse sur nous comme l’eau sur les plumes d’un canard.
    la seconde est qu’on acquiert l’immense pouvoir d’être aimé tel qu’on est. c’est grace à ça que j’ai rencontré mon mari.

    ne faiblis pas.;-)

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