ce sont les plus gros que j’aie embrassés…

… me dit l’homme que je vois en glissant son visage entre mes deux seins. n’étant pas un débutant, ni un homme particulièrement fan de relations stables, je me pose des questions.

je rentre chez moi, et évidemment je fais comme ça, à mon chéri, l’air de rien:

– dis… est-ce que j’ai de gros seins?
– euh… oui, y’a pas de doute, t’as de gros seins.

okay…

je me regarde dans un miroir et je réalise que depuis toujours dans ma tête j’ai des seins de taille normale. dans ma tête, mes seins sont moyen-gros. rien d’exceptionnel, juste un peu plus gros que la moyenne. je me serais trompée…?

 
 
il s’est en fait passé ce jours là une chose qui n’arrive que rarement, ou du moins, qui ne m’est pas arrivé depuis mes 20 ans (époque où j’ai découvert et apprécié ce phénomène d’ailleurs, puisque je ne me connaissais pas dans le regard d’un autre avant).

ce phénomène est simplement une grande faille, que dis-je, le grand canyon entre l’image que j’ai de moi, et celle qu’"il" a de moi. je suis habituée à certaines choses (dites, redites, entendues, vues, vécues, ressenties de la même manière pour certaines).

pour aller vers l’autre, j’ai l’habitude d’enjamber ces failles, et dans ma tête je me dis, "allez, ça fera un ‘mètre maximum’ (par exemple), on y va!".

pour te donner en image ce qui s’est passé dans ma tête ce jour là, j’étais déjà en train d’enjamber la faille, quand j’ai entendu ce qu’il m’a dit, et que j’ai réalisé que le mètre de faille que je pensais enjamber était un bon kilomètre de canyon. j’ai fait à peu près (je crois) la tête de duffy duck quand il pense avoir notre bon plancher des vaches sous les pieds, et qu’il réalise qu’il n’y a que du vide… le grand vide, et un précipice dessous.

c’est cette sensation étonnante à 37 ans qui m’a fait écrire ce message, et poser la question à mon mari.

bien entendu, je ne me connais pas par coeur, et quand par chance j’y arrive, par chance aussi, je change, je deviens autre, et me voilà forcée de courir à nouveau après moi-même. bien sûr je n’ai aucune idée de ce à quoi je ressemble, je peux me regarder une heure dans un miroir ça n’empêchera pas que parfois, les gens me regarderont dans la rue, et parfois pas, souvent en désaccord total avec le message que je voulais faire passer en choisissant mes vêtements ce matin là.

il m’est arrivé bien souvent de demander à mon mari de m’observer et de me dire si j’avais quelque chose qui cloche (on voit mon soutien gorge – ou mes tétons – à travers mon t-shirt? je suis mal coiffée? mon jean est déboutonné? etc.) parce que je vois qu’on m’observe, et je ne comprends pas pourquoi.

parfois y’a pas de raison du tout. il y a des jours comme ça.
et tu as raison, j’aime ce mystère relationnel qui fait que parfois on est perçue "autre".

j’en viens à une chose que j’ai expérimenté vraie moi aussi et dont on fait état dans un manga que j’adore (fruit basket): les psy disent que pour pouvoir être aimé, il faut s’aimer soi-même. le problème est qu’on ne peut pas s’aimer soi-même si on n’a jamais été aimé. c’est un peu le serpent qui se mord la queue, mais heureusement, ce phénomène est là pour nous porter secours.

aussi fort qu’on se déteste, aussi fort qu’on se trouve mal-aimable, laid, que sais-je, il se trouve tôt ou tard une personne pour s’intéresser à nous (peut-être suis-je trop optimiste…?). et c’est dans cette relation sans avenir qu’on pourra puiser la source de notre amour propre.

sans avenir parce qu’effectivement, si on ne s’aime pas soi-même, cette relation va au casse-pipe, on la fera échouer, inconsciemment. mais elle ne sera pas inutile pour autant, dieu merci. cette image positive de soi que l’autre nous a renvoyée nous servira à nous construire. c’est toujours un immense cadeau.
l’amour qu’on donne n’est jamais perdu.
et c’est un grand réconfort que de le savoir.
(j’adresse ce message à tous ceux qui ont aimé, et qui ont été repoussés malgré un amour réciproque pour de mauvaises raisons, ou du moins, des raisons qu’ils n’ont pas comprises. on a tous dans le coeur l’immensité incomprise d’un amour de jeunesse malheureux.)

sans aller jusqu’à concurrencer l’immensité d’un amour malheureux (quoi que, sait-on jamais), les rencontres que l’on fait ici, les rencontres que je fais moi, ont à mon sens AUSSI ce rôle. quand je rencontre un homme je m’efforce de lui renvoyer une image positive de lui. je sais que même s’il n’en a pas besoin (il s’est déjà construit, et a une estime personnelle solide) le regard aimant que je lui adresse, mes mots, mes compliments lui serviront. je trouve que c’est aussi dans le rôle d’un(e) amant(e) que de cultiver cela. et je ne comprends pas que certains rencontrent pour détruire cette estime personnelle chez l’autre. j’en ai rencontrés qui agissent ainsi.

comment on en est arrivé là depuis la taille de mes seins…?
bon, je vais raccrocher les wagons.
son regard gourmand, ses mains sur mon corps, et la façon friande qu’il a eue de dire "ce sont les plus gros que j’aie embrassés" m’ont fait du bien. grosso modo. exactement, grosso modo.

je me pose quand même une question existencielle perturbante:
sur quoi d’autre je me trompe depuis toujours?
à quel point celle que je suis dans ma tête ressemble à celle que vous voyez quand vous me regardez?

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