je ne suis pas unique

il y a quelques jours on m’a reproché de ne pas être si unique que je semble vous le dire… je vous dis que je suis unique? j’ai du mal à me rendre compte en fait, parce que bon, je vous parle comme j’ai l’habitude de le faire, et je vous dis ce qui m’intéresse, je n’ai pas l’impression de vous asséner la vérité selon laquelle je serais unique aussi pour vous.si vous voulez mon avis sur la question, je vais vous dire ce que j’en pense, moi.

suis-je unique?

à mon sens deux réponses sont possibles: chaque être vivant est unique ou aucun ne l’est.

pour expliquer la thèse « aucun ne l’est »… voyons… si on regarde les bipèdes que nous sommes, et même si on généralise l’observation sur la totalité des mammifères, on remarque quand même que la singularité n’est pas vraiment le moteur de dame nature…

sauf exception (si si, ça arrive) le coeur à gauche, les poumons au-dessus, en dessous les viscères enroulées dans le sens des aiguilles d’une montre pour tout le monde, s’il vous plait, les organes génitaux au bout, une tête et des pattes. et je ne vous parle même pas de la forme générale des squelettes de mammifères… voili voilou… bien bien bien… on est unique, donc. yes.

de loin chaque situation ressemble à ses voisines, et chaque être ressemble au voisin. c’est de près qu’on commence à avoir des différences: des baleines, des éléphants, des félins, des hyppopotames, des humains, des humains petits, grands, gros, minces, beaux, laids, intelligents, bêtes, généreux, égoïstes…

d’encore plus près, on a l’adoption. parfois non volontaire, voire dont on se serait bien passé, et parfois naturelle, instinctive, ou voulue. ce que j’appelle l’adoption c’est le fait pour deux êtres de se reconnaître et de s’accepter tels qu’ils sont pour faire équipe ensemble. pour la vie, pour une semaine, pour une soirée, pour se voir de temps en temps, bref, reconnaître en l’autre cette unique façon qu’il a de nous attirer ET de nous garder. voilà ce que j’appelle l’adoption.

une personne devient unique à mes yeux quand elle a traversé toutes ces étapes. elle est passée du statut de mammifère, au statut de cet être en particulier que j’ai parfois envie de voir à l’exclusion de tous les autres.

suis-je unique donc?
(bah oui, c’était ça la question!)

je le suis pour mes proches. pour certains je le suis même de façon profondément irremplaçable. pour les membres de ce site, je suis unique pour une poignée d’entre eux. je dirais bien deux ou trois (ce dont je suis sûre) mais je pense qu’il est possible que je sois devenue unique pour un plus grand nombre d’affiens. (je ne veux froisser personne, mais je veux encore moins me vanter).

alors je pense que ce qu’on me reproche quand on me dit « tu n’es pas si unique que tu le penses » c’est d’avoir cette assurance, cette confiance en moi qui laisse entrevoir que je me sens différente. et c’est vrai, je me sens différente. je me vois différente dans les yeux des personnes que je choisis de fréquenter. donc d’une certaine manière, je suis différente. je suis unique.
mais pas pour vous.

et ça ne me gêne pas du tout. on a chacun nos coups de coeur, nos besoins, nos envies, nos ententes, nos mésententes avec certains membres tout roule, avec d’autres rien qu’à l’idée on est malade… c’est ça qui est bien! une entente avec une personne est un cadeau. ça n’arrive pas tous les jours, et c’est pour ça que c’est si beau.

je ne cherche pas à tout prix à être unique pour chacun de vous. c’est impossible pour commencer, et puis, ça ferait perdre de leur valeur aux sentiments de mes proches. je trouverais commun ce qui est unique. ça m’est arrivé aussi de vouloir être unique aux yeux d’une personne et de ne pas y arriver. tant pis. mais je me dis que j’aurais essayé, au moins.

***

 

je ferai pour finir référence à un texte magnifique que j’adore, et qui résume très bien ce que je ressens sur cette question. lisez-le (si vous ne connaissez pas, achetez-le, ce livre est une bible à sa manière – relisez-le si vous connaissez)on ne perd jamais son temps à lire un classique: » Je ne suis pour toi qu’un renard semblable à cent mille renards. Mais, si tu m’apprivoises, nous aurons besoin l’un de l’autre. Tu seras pour moi unique au monde. Je serai pour toi unique au monde… » […] « … ma vie sera comme ensoleillée. je connaîtrai un bruit de pas qui sera différent de tous les autres. Les autres pas me font rentrer sous terre. Le tien m’appellera hors du terrier, comme une musique. Et puis, regarde ! Tu vois, là-bas, les champs de blé ? Je ne mange pas de pain. Le blé pour moi est inutile. Les champs de blé ne me rappellent rien. Et ça, c’est triste ! Mais tu as des cheveux couleur d’or. Alors, ce sera merveilleux quand tu m’auras apprivoisé ! Le blé, qui est doré, me fera souvenir de toi. Et j’aimerai le bruit du vent dans le blé .. »

Le renard se tut et regarda longtemps le petit prince :
 » S’il te plaît… apprivoise-moi ! dit-il.
– Je veux bien, répondit le petit prince, mais je n’ai pas beaucoup de temps. J’ai des amis à découvrir et beaucoup de choses à connaître.
– On ne connaît que les choses que l’on apprivoise, dit le renard. Les hommes n’ont plus le temps de rien connaître. Ils achètent des choses toutes faites chez les marchands. Mais comme il n’existe pas de marchands d’amis, les hommes n’ont plus d’amis. Si tu veux un ami, apprivoise-moi !

 » Que faut-il faire ? dit le petit prince.
– il faut être très patient, répondit le renard. Tu t’assoiras d’abord un peu loin de moi, comme ça, dans l’herbe. Je te regarderai du coin de l’oeil et tu ne diras rien. Le langage est source de malentendus. Mais, chaque jour, tu pourras t’asseoir un peu plus près … »

Le lendemain revint le petit prince.  » Il eût mieux valu revenir à la même heure, dit le renard. Si tu viens, par exemple, à quatre heures de l’après-midi, dès trois heures je commencerai d’être heureux. Plus l’heure avancera, plus je me sentirai heureux. A quatre heures, déjà, je m’agiterai et je m’inquiéterai : je découvrirai le prix du bonheur ! Mais si tu viens n’importe quand, je ne saurai jamais à quelle heure m’habiller le coeur… Il faut des rites.
– Qu’est-ce qu’un rite ? dit le petit prince.
– C’est aussi quelque chose de trop oublié, dit le renard. C’est ce qui fait qu’un jour est différent des autres jours, une heure, des autres heures » […]

Ainsi, le petit prince apprivoisa le renard. Et quand l’heure du départ fut proche :
« Ah, dit le renard… je pleurerai.
– C’est ta faute, dit le petit prince, je ne te souhaitais point de mal, mais tu as voulu que je t’apprivoise…
– Bien sûr, dit le renard.
– Mais tu vas pleurer ! dit le petit prince.
– Bien sûr, dit le renard
– Alors tu n’y gagnes rien !
– J’y gagne, dit le renard, à cause de la couleur du blé.
 »

Puis il ajouta :
 » Va revoir les roses. Tu comprendras que la tienne est unique au monde. Tu reviendras me dire adieu, et je te ferai cadeau d’un secret. »

Le petit prince s’en fut revoir les roses :

 » Vous n’êtes pas du tout semblables à ma rose, vous n’êtes rien encore, leur dit-il. Personne ne vous a apprivoisées et vous n’avez apprivoisé personne. Vous êtes comme était mon renard. Ce n’était qu’un renard semblable à cent mille autres. Mais j’en ai fait mon ami, et il est maintenant unique au monde. »

Et les roses étaient bien gênées.

 » Vous êtes belles, mais vous êtes vides, leur dit-il encore. On ne peut pas mourir pour vous. Bien sûr, ma rose à moi, un passant ordinaire croirait qu’elle vous ressemble. Mais à elle seule elle est plus importante que vous toutes, puisque c’est elle que j’ai arrosée. Puisque c’est elle que j’ai mise sous globe. Puisque que c’est elle que j’ai abritée par le paravent. Puisque c’est elle dont j’ai tué les chenilles (sauf les deux ou trois pour les papillons). Puisque c’est elle que j’ai écoutée se plaindre, ou se vanter, ou même quelquefois se taire. Puisque c’est ma rose. »

Et il revint vers le renard :
 » Adieu, dit-il…
– Adieu, dit le renard. Voici mon secret. IL est très simple : on ne voit bien qu’avec le coeur. L’essentiel est invisible pour les yeux.
– L’essentiel est invisible pour les yeux, répéta le petit prince, afin de se souvenir.

– C’est le temps que tu as perdu pour ta rose qui fait ta rose si importante.
– C’est le temps que j’ai perdu pour ma rose…, fit le petit prince, afin de se souvenir.

– Les hommes ont oublié cette vérité, dit le renard. Mais tu ne dois pas l’oublier. Tu deviens responsable pour toujours de ce que tu as apprivoisé. Tu es responsable de ta rose…
– Je suis responsable de ma rose… », répéta le petit prince, afin de se souvenir.

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