il n’y a pas d’amour, il n’y a que des preuves d’amour

je ne sais plus qui a dit « il n’y a pas d’amour, il n’y a que des preuves d’amour… »je ne sais plus quoi penser de cette phrase qui, il y a très peu de temps en fait, avait tant de signification pour moi. aujourd’hui c’est le flou. je ne sais pas si je suis toujours d’accord, ou si je ne suis plus d’accord.

bon, parlons-en calmement!

je ne sais pas si vous connaissez la chanson de jj goldman « sache que je… » ?

les paroles traduisent un peu ce que je ressens quand on parle de sentiments autour de moi.

Il y a des ombres dans  » je t’aime  »
Pas que de l’amour, pas que ça
Des traces de temps qui traînent
Y a du contrat dans ces mots là

Tu dis l’amour a son langage
Et moi les mots ne servent à rien
S’il te faut des phrases en otage
Comme un sceau sur un parchemin

Alors sache que je
Sache le
Sache que je

Il y a mourir dans  » je t’aime  »
Il y a je ne vois plus que toi
Mourir au monde, à ses poèmes
Ne plus lire que ses rimes à soi

Un malhonnête stratagème
Ces trois mots là n’affirment pas
Il y a une question dans  » je t’aime  »
Qui demande  » et m’aimes-tu, toi ? « 

Alors sache que je
Sache le
Sache que je

c’est vrai, on se sent pris en otage. le coeur n’a pas le droit de vivre, de respirer, de battre à son rythme, parce que le sentiment implique nécessairement des engagements. alors on ne va pas aimer, et si on aime, on ne le dira pas, parce qu’on a peur des conséquences…

mon dieu, quelle horreur, je suis amoureuse!!! vite, aidez-moi!!! que vais-je devenir?

je trouve ça simplement ridicule.
mon coeur est bien séparé de mes engagements, et je vous prie de bien le croire, sinon vous risquez d’avoir de grosses (mauvaises?) surprises…

je viens de tilter en fait que quand je parle de sentiments, si ça fait peur, c’est parce qu’en face on comprend engagement. alors que ce n’est pas, mais alors pas du tout ce que je veux dire. c’est même l’inverse de ce que je veux dire!!!

comment peut-on organiser, prévoir, prédire un sentiment?
c’est fou quand même!!!

on dit « je t’aime » au présent, pas au passé, ni au futur, parce qu’on sait bien que ça n’aurait aucun sens. ça n’a aucun sens de dire à une personne, tu sais, quand j’étais petite, je t’aimais.
eh bien, ça me fait une belle jambe, ma petite!!!

bien sûr, ça peut donner une signification différente à des souvenirs partagés, mais matériellement, ça ne change rien. c’est juste un rendez-vous manqué. les souvenirs en question resteront identiques. ils réveilleront les mêmes sentiments, plus un. celui d’avoir manqué quelque chose.

de même on ne peut pas promettre d’aimer demain.
demain, je serai amoureuse de toi!
ben pareil, ça me fait une belle jambe ma petite!!! parce que, toi qui es si futée, on fait quoi si je meurs ce soir? tu m’aimeras demain quand même?

le mariage est un leurre. je parle des engagements religieux.
c’est le seul contrat où on vous demande d’aimer demain. aimer demain… sérieux, faudra me dire comment faire, parce que j’en sais fichtre rien!

je me suis réveillée un matin avec mon amour des aubergines (un amour de jeunesse messieurs dames!!!) décédé…! sans avertissement. rien. du jour au lendemain, plus rien. j’avoue même ressentir un léger dégoût, mais ne le dites pas aux aubergines, vous comprenez, après une relation si longue, je ne voudrais pas paraître mufle…

vous m’auriez demandé à mes 13 ans si j’aimerai les aubergines pour la vie, mais je vous signais le contrat sur la seconde!!!
et j’aurais eu raison… pendant 20 ans. mais qu’est-ce que j’aurais fait le reste de ma vie?

les gens changent. parfois du tout au tout. parfois du jour au lendemain. ça se trouve demain, je reviendrai, et je vous dirai à nouveau, vous savez, j’avais tort, il n’y a pas d’amour, il n’y a que des preuves d’amour…

seulement aujourd’hui, je ne le pense pas. je ne le pense plus, parce que je l’ai pensé un jour. on cherche des preuves d’amour quand il n’y a pas assez d’amour en fait. c’est la conviction que j’ai aujourd’hui. c’est le serpent qui se mord la queue.

je vous explique:
depuis quelques années maintenant, avec mon chéri, on a du mal à s’offrir des cadeaux. je dirais que viscéralement, fondamentalement, je n’éprouve plus le besoin de recevoir ces preuves d’amour. je sais qu’il m’aime. il me l’a déjà tant prouvé.

et maintenant que je suis juchée sur cette montagne de preuves d’amour, je m’aperçois de la futilité, du ridicule de mes attentes, de mes espoirs, de toute cette comédie… c’est juste idiot.

peut-être que si un jour on se quitte, peut-être que cette montagne de preuves reprendra un sens à mes yeux. que j’aurai besoin de ces preuves pour croire que ça a bien eu lieu, que je l’ai vécu, que j’étais là, et lui aussi… sans doute.

mais je crois qu’on ne m’enlèvera pas de l’idée que le plus important, c’est le sentiment. qu’il est aussi précieux et fragile que la vie elle-même. que quand il est là, il tient du miracle, et que quand il n’est plus là, rien ne peut nous consoler. et que toutes ces preuves ne sont que des cadavres de ce qui fut un être plein de vie…

je me souviens de l’époque où je ne jurais que par un amour unique et fidèle (comme tout le monde quoi). je ne comprenais pas ces gens capables d’« aimer sans profondeur ». parce que j’avais en plus une vision très claire de ce qu’est un vrai sentiment, et de ce qu’est un faux sentiment.

on vit dans une société où on aime « comme ça ». et ça ne choque personne. on aime comme ça, et pas autrement. on est des milliards d’individus, tous différents, mais on doit tous aimer de la même manière, peu importe qui on est et qui on aime. voilà, la règle est posée, on aime comme ça.

si on dit « je t’aime », ça veut dire qu’on envisage le mariage. sinon on est un menteur, un manipulateur, pire, un irresponsable.

et ceux qui ne respectent pas la règle, ceux qui veulent pouvoir aimer sans s’engager, ceux là n’aiment pas vraiment. ils ne savent pas ce que c’est d’aimer. ils vivent dans un autre univers. un autre espace temps. un monde de folie, de provocations, et d’irrespect de l’ordre sentimental établi.
si si!

voilà que je suis l’un d’eux. oui, j’aime. j’aime des tas de gens, j’en suis parfois complètement folle, au point d’avoir chaud et froid en même temps, d’avoir du mal à respirer, pourtant, je ne cesse pas d’aimer mon mari pour autant, pourtant, je cesse d’aimer parfois tout aussi rapidement, et pourtant encore, il m’arrive de tomber amoureuse d’un troisième homme…

certains m’ont profondément marquée. d’autres moins, voire pas du tout. certains ont réveillé des sentiments intenses, d’autres plus doux. j’en aime encore certains, ils restent importants à mes yeux, alors que je ne les vois plus.

j’étais sincère à chaque fois.

voilà donc que je suis l’un d’eux, un de ces menteurs, de ces manipulateurs, irresponsables, et je ne me suis même pas rendu compte du moment où j’ai passé la frontière…

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